Mercredi 6 mai 2009
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Samedi 4 avril 2009 ; Mirebeau. -
Ai-je déjà noté ce détail de la vie mirebalaise ? Je ne sais plus, et pourtant, il m’enchante depuis plusieurs années : bon nombre des commerçants, par exemple le boucher du marché, le samedi
matin, ou le pépiniériste, ont gardé le reflexe, que je crois ancien (l’est-il vraiment ?), de serrer la main de leurs clients avant de les servir. C’est une civilité charmante, un signe de
reconnaissance qui enveloppe joliment le rapport commercial. Aller au marché dans ces conditions c’est, comme on dit, « tout autre chose »…
IL arrive au mouvement « anti-OTAN » ce que je notais avant hier à propos des anti-mondialistes et des « anti-U.E. » : hier au soir, à Strasbourg, les manifestants « anti Obama » scandaient: « No
nation, no boarder, no NATO ! » ; en somme, les opposants sont tout autant convertis au système mondialiste que ceux qui en profitent ; le mondialisme anarchisant a finalement réussi a inclure
ses détracteurs, à les former sur son propre modèle, en sorte qu’il n’a presque plus d’opposants ; mais n’est-ce pas ce que font les anciens souverainistes ? Eux aussi entonnent la chanson
européenne, sans même se rendre compte qu’ils entrent dans le cœur de ce qu’ils comptaient combattre. En somme, sur quelque front que ce soit, il n’y a plus qu’à tirer son rideau…
Vendredi 3 avril 2009 ; Train Paris-Chatellerault, dans les songes. - Il faudra que je raconte un jour ce qui
s’est passé au cours de ces deux mois rocambolesques de février et mars ; pour moi, une formidable accélération idéologique : sous couvert de gagner des élections, on oublie tout, on largue par
dessus bord ses propres mots, et l’on finit par épouser les mots de ses adversaires, par répéter « nous sommes pro-européens », brouillant toutes les pistes et tous les repères… Mais n’est-ce pas
(un peu) de ma faute ? Trop convaincu sans doute que toute politique vivante est d‘abord un pragmatisme, j’en ai bien trop négligé de visser à tous le moins quelques boulons idéologiques ; du
coup, ceux la mêmes qui croient servir la meilleure cause, mais croient utile et « stratégique » d’endosser le vocabulaire de son adversaire, finissent sans même sans rendre compte par les
servir. On a déjà vu cela avec l’association dénommée ATTAC, qui fut à l’origine pétrie de bonnes intentions, supposant même, à propos de la taxe Tobin, rétablir un certain contrôle des
Etats-nations sur les transactions financières mondiales, et qui, « d’anti-mondialiste », devint « alter-mondialiste », et finalement endossa le discours anti-national qui semble être à ce point
dominant que même ses opposants spontanés finissent pas l’adopter…
Jeudi 2 avril ; Paris. - En fait d’oligarques apatrides, j’en tiens un, fameux : un certain Mestralet,
prénommé Gérard. Ce « grand patron » est actuellement en bute à de multiples révélations sur son salaire faramineux, son train de vie, son parachute doré, ou argenté, ses indemnités de ceci ou de
cela, le tout sans aucun rapport avec les performances de la société qu’il dirige – ni, bien entendu avec la situation de son pays et celle de son peuple. Pourtant, M. Mestralet n’a pas tout à
fait rayé le mot patriotisme de son vocabulaire : c’est lui qui, au lendemain du 11 septembre 2001, annonça fièrement qu’il différait l’entrée de son groupe en bourse – celle de New-York. Motif :
dans des circonstances où le peuple américain est défié comme jamais, expliqua-t-il, « nous devons tous faire preuve de patriotisme » !
Mercredi 1er avril 2009 ; Bruxelles. - Ainsi donc, il se pourrait bien qu'il n'y ait aucune liste
souverainiste proposée aux suffrages des électeurs lors des prochaines européennes. Je dis « souverainiste » mot qui désigne le mouvement de pensée posant comme condition première de toute
politique la souveraineté nationale et populaire (dans le monde, celle des nations et non des empires ; dans les nations, celle des peuples et non des oligarchies), mot et appellation qui ne me
font pas peur… Or, ce « logiciel » là, vieux comme la France, est en train de disparaître sous nos yeux.
Certes, j'ai toujours entendu que le mot souveraineté soit d'interprétation aussi large que possible pour que les uns et les autres, chacun avec ses traditions et ses mots propres, puissent
converger vers elle, et se retrouver sur un impératif minimal : « rien que la souveraineté, toute la souveraineté » ; c’est d’ailleurs de ce rassemblement souple, autour de ce point de communion
unique mais suffisant, que je rêve depuis longtemps. Mais tout de même, on ne peut aller aussi loin dans le flou idéologique, et se prétendre encore défenseur de la souveraineté quand on
n’utilise jamais ce mot, que l’on ne remet pas en cause l’existence même de la mécanique sur-nationale ni ses instruments institutionnels, et que l’on se contente de « plan B », d’aménagements
démocratiques, ou qu’on reproche tout simplement aux institutions de Bruxelles et cie de coûter cher. Or, c’est bien sur cet étonnant repli idéologique que démarre la campagne de Libertas et de
ses correspondants pour la France, MPF et CPNT dont le discours ne mentionne même plus, plus du tout du tout, le simple mot de souveraineté. D’ailleurs, peut-on prétendre reconquérir la liberté
de la France quand on court sous les couleurs d'une organisation qui se présente elle-même comme « pan-européenne » et qui se trouve être la propriété exclusive d’un homme auquel on n’a jamais
entendu exprimer le moindre souci de l’indépendance des nations ? Mr. Ganley, répète que « l’euroscepticisme est mort », envisage l’institution d’un président de l’U.E. élu au suffrage universel,
prétend que l'Europe "a besoin d'une constitution" - je ne fais ici que traduire le stupéfiant "Europe needs a Constitution" que l'on entend et que l'on voit sortir de sa bouche dans un clip
constitué à partir d'images réunies par des nonistes irlandais, qui, sous le nom d' antilibertas circule actuellement sur you tube.
Comment admettre un tel virage idéologique ? Avec un pareil attelage, le mot souveraineté que ses ennemis n'ont cessé de discréditer tout au long du XXème siècle et que j'avais réussi avec
quelques autres à replacer sur la scène politique voici dix ans, se brouillera de nouveau durablement - et disparaîtra peut-être pour toujours. On ne peut davantage nommer souverainistes les
démangeaisons qu'exprime ces jours-ci le CNI sous l'impulsion de quelques esprits certainement capables de concevoir à peu près clairement quelques failles de l’UE, mais qui ne peuvent guère
aller très loin aussi longtemps qu'ils se comptent dans la « majorité » d’un Président acharné à faire voter une Constitution européenne sous l'appellation mensongeuse de mini-traité. Pas
davantage que l’on ne saurait qualifier de souverainistes ceux qui tout simplement récusent ce mot, et prennent un plaisir malicieux à le confondre avec une sorte de monarchisme dissimulé, comme
s’il n’allait pas de soi que la souveraineté était aujourd’hui celle du peuple, du peuple souverain, celui là justement que veut torpiller la petite bande des oligarques apatrides ?
D’ailleurs, si toutes ces listes sont dispersées, n'est-ce pas justement l’inéluctable conséquence de ce que personne, du moins parmi les états-majors, n'ose aller vers le point de convergence,
la souveraineté nationale et populaire, et s’y tenir ? Le sujet des élections européennes n’est pas tant « l’Europe » que la France : rien n’est possible en fait d’Europe, aussi longtemps que la
France ne s’appartient pas ; toute forme de solidarité organisée entre les Etats européens est possible dès lors que les Français se sentent responsables de la France, qu’elle est leur instrument
de participation au monde, qu’il perçoivent clairement l’originalité de sa civilisation, de ses principes propres et de sa voix dans le monde : aussi longtemps que ces conditions ne sont pas
remplies (il est à peine besoin de dire qu’elles ne le sont pas aujourd’hui), toute forme d’Europe n’est pour les Français qu’un abandon supplémentaire de leur être propre. Il faut donc commencer
par rendre la France souveraine ; après quoi, on pourra concevoir des « programmes » pour la France ou pour l’Europe »… A-t-on jamais songé à demander un programme à Jeanne d'Arc, à Clémenceau
("mon seul programme c'est la guerre"), ou à de Gaulle - ceux qui s'y sont essayé à Londres furent bonnement envoyés sur les roses… Le seul programme de la France libre était de libérer la France
– et sa seule enseigne « Honneur et Patrie ». Les programmes de redressement, c‘était pour Vichy, où l’on put vérifier jusqu’à l’absurde, qu’il était impossible de réformer un pays qui ne
s’appartenait plus, et qu’a force de patiner dans l’irrémédiable, on ne pouvait que glisser un peu plus dans les bras de ses ennemis…
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