Bloc-Notes de Paul-Marie
Coûteaux
Lundi 8 décembre, Bruxelles. – Arrivant dans mon bureau de
Bruxelles, je tombe sur cet étonnant verbatim de la rencontre qui eut lieu vendredi dernier au château de Prague, résidence du Président tchèque Vasclav Klaus, entre les présidents des
groupes du Parlement européen et lui-même, dans la perspective de la présidence de l’UE qui lui échoit à la fin de ce mois. D’après un témoin de la scène, qui me donne ce document, Daniel
Cohn-Bendit annonçait à ses collègues, avant même l’entretien, en fanfaronnant comme à son habitude, qu’il allait « se payer » l’affreux président, coupable de se refuser à signer le
traité de Lisbonne tant que l’Irlande ne l’aurait pas fait. Du coup, la rencontre fut des plus houleuses, au point que la présidence tchèque tint à
en publier le verbatim authentifié ; voici ce que cela donne :
« Extraits du compte-rendu de la rencontre entre Václav Klaus, Président de la République
tchèque, et les membres de la Conférence des présidents du Parlement européen, 5 Décembre 2008, Château de Prague
Daniel Cohn-Bendit : Je vous ai apporté un drapeau, qui - comme nous l'avons entendu - se trouve
partout ici au Château de Prague... [propos ironique visant dénoncer l'absence de drapeau européen sur le château de Prague]. C'est le drapeau de l'Union européenne, alors je vais le
placer ici en face de vous. Ce sera une présidence difficile. La République tchèque devra s'occuper de la directive sur le travail et le "paquet climat". Le "Paquet climat" européen représente
moins que ce que nous aurions souhaité. Il sera nécessaire de maintenir au minimum cela.( ...) Sur le Traité de Lisbonne: Je me moque de votre avis sur ce sujet. Je veux savoir ce que vous allez
faire si la Chambre tchèque des Députés et le Sénat l'approuve. Allez-vous respecter la volonté des représentants du peuple? Vous serez contraint de le signer
Enfin, je veux que vous m'expliquiez quel votre degré d'amitié avec M. Ganley, d'Irlande. Comment
pouvez-vous rencontrer une personne dont les finances ne sont pas claires ? Vous n'êtes pas censé le rencontrer dans l'exercice de votre fonction. C'est un homme dont les sources financières sont
problématiques et qu'il veut utiliser pour financer sa campagne pour les élections européennes. [M. Cohn-Bendit fait ici allusion à ses accusations d'un complot de la CIA qui aurait versé
quelques centaines de milliers d'euros à Libertas, le mouvement anti-Lisbonne de Declan Ganley ; Interrogé à ce sujet, le secrétariat du Congrès des Etats-Unis s'est étonné : "Êtes-vous
sérieux Messieurs les Européens ? (...) Est-ce désormais la position du Parlement européen que de dire que la CIA a organisé le référendum en Irlande ?", ndlr)
Président Vaclav Klaus : Je dois dire que personne ne m'a parlé de cette façon et sur ce ton au
cours des 6 dernières années (M. Klaus est président de la république tchèque depuis 6 ans ; il fut réélu en février dernier). Vous n'êtes pas sur les barricades à Paris ici. Je
pensais que ces manières avaient pris fin pour nous il y a 18 ans mais je vois que j'avais tort. Je n'oserais pas demander comment les activités des Verts sont financées... Si vous souhaitez que
nous ayons une discussion rationnelle pendant cette demi-heure que nous avons, s'il vous plaît donnez la parole à quelqu'un d'autre, Monsieur le Président.
Hans-Gert Pöttering: Non, nous avons beaucoup de temps. Mon collègue se poursuivre, parce que
chacun des membres du Parlement européen peut vous interroger sur ce qu'il souhaite. (à Cohn-Bendit:) S'il vous plaît continuez.
Président Vaclav Klaus: C'est incroyable. Je n'ai jamais rien connu de tel
auparavant.
Daniel Cohn-Bendit: Parce que vous ne m'avez pas encore "pratiqué"...
Président Vaclav Klaus : C'est incroyable.
Daniel Cohn-Bendit: Nous avons toujours eu de bons entretiens avec le Président Havel. Et
qu'allez-vous me dire de votre attitude au sujet de la loi anti-discrimination? Par ailleurs, je serai heureux de vous informer sur nos financements.
Hans-Gert Pöttering : je donne la parole à M. Brian Crowley (président du groupe
UEN).
Brian Crowley: Je viens d'Irlande et je suis membre d'un parti de gouvernement. Toute sa vie, mon
père a combattu contre la domination britannique. Beaucoup de mes proches ont perdu la vie. C'est pourquoi j'ose dire que les Irlandais souhaitent le traité de Lisbonne. (quel est le
rapport?) Cela a été une insulte, Monsieur le Président, pour moi et pour le peuple irlandais, ce que vous avez dit au cours de votre visite d'État en Irlande. Cela a été une insulte que
rencontriez Declan Ganley, un homme sans mandat électif. Cet homme n'a pas révélé les sources de financement de sa campagne. Je veux juste vous dire ce que les Irlandais ressentent. Je vous
souhaite que le programme de votre présidence en tienne compte et que vous obtiendrez ce que souhaitent les citoyens européens (aucun n'a justement été consulté sur le traité de Lisbonne,
sauf le peuple irlandais qui a dit "non » !).
Président Vaclav Klaus : Je vous remercie de l'enseignement que je tire de cette réunion. Je ne
pensais pas que quelque chose comme cela était possible et n'ai rien expérimenté de tel au cours des 19 dernières années. Je pensais que c'était une méthode du passé, que nous vivions en
démocratie, mais c'est la post-démocratie, vraiment, qui gouverne l'Union européenne.
Vous avez mentionné les valeurs européennes. Les plus importantes sont les valeurs de liberté et de démocratie. Les
citoyens des États membres de l'UE sont préoccupés par la liberté et la démocratie, par dessus tous. Mais la démocratie et la liberté sont en train de perdre du terrain dans l'UE aujourd'hui.
(...) En ce qui concerne le traité de Lisbonne, je voudrais rappeler qu'il n'est pas ratifié en Allemagne non plus. Le traité constitutionnel, qui est essentiellement le même que le traité de
Lisbonne, a été refusé par référendums dans deux autres pays [la France et les Pays-Bas en 2005, ndlr]. Si M. Crowley parle d'une insulte au peuple irlandais, alors je dois dire que la plus
grande insulte pour le peuple irlandais est de ne pas accepter le résultat du référendum irlandais. En Irlande, j'ai rencontré quelqu'un qui représente une majorité dans son pays. Vous, M.
Crowley, vous représentez un point de vue qui est en minorité en Irlande. Ceci est le résultat concret du référendum.
Brian Crowley: Avec tout le respect que je vous dois, Monsieur le Président, ce n'est pas à vous de
me dire ce que pensent les Irlandais. En tant qu'Irlandais, je le sais mieux que personne.
Président Vaclav Klaus : Je ne spécule pas, moi, sur ce que pensent les Irlandais. Mes
déclarations se fondent sur la seule donnée mesurable qu'est le résultat du référendum. Dans notre pays, le traité de Lisbonne n'est pas ratifié parce que notre Parlement n'a pas encore décidé.
Ce n'est pas la faute du Président. Attendons la décision des deux Chambres du Parlement, ce qui est la phase actuelle du processus de ratification dans lequel le Président ne joue aucun rôle. Je
ne peux pas signer le Traité aujourd'hui, il n'est pas sur mon bureau, pour le moment il appartient au Parlement de se prononcer. Après l'approbation du traité par le Parlement, je jouerai le
rôle qui est le mien.
Hans-Gert Pöttering : En conclusion - et je veux quitter cette salle en bons termes - je tiens à
dire qu'il est plus qu'inacceptable, de nous comparer avec l'Union soviétique. Nous sommes tous profondément enracinés dans nos pays et nos circonscriptions. Nous sommes préoccupés par la liberté
et de la réconciliation en Europe, nous sommes bien disposés, mais pas naïfs.
Président Vaclav Klaus: Je ne vous ai pas comparé avec l'Union soviétique, je n'ai pas jamais
mentionné les mots "Union soviétique". J'ai seulement dit que je n'avais plus eu l'expérience d'une telle atmosphère, d'un tel type de débat au cours des 18 dernières années en République
tchèque, croyez-moi ».
L’insolence de Cohn-Bendit, et du Président Pöttering en dit long sur l’exaspération de nos bons amis
les Cabris, qui voient s’éloigner doucement la perspective de leur grand Etat supranational. Mais ce n’est pas ainsi que la presse présente les choses, bien entendu : le Monde du 6 décembre
rend compte de la « rencontre » sous le titre : « Quand le président tchèque s’en prend à Daniel Cohn-Bendit » !
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