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Mardi 14 avril 2009; Bruxelles. - J’ai peine à dégager mon esprit de la question de l’OTAN, dont l’emprise me parait finalement aussi grave que la question de l’Europe, qui d’ailleurs ne fait que la compléter. Les conséquences de notre réintégration ne cessent d’apparaitre ici ou là, de plus en plus diverses, et presque toujours graves…
Ainsi, on voit bien comment, par exemple, Washington est en train de se substituer à l’ONU comme instance de régulation des conflits et maître de la paix ou de la guerre. La nouvelle diplomatie américaine enveloppe en douceur les oppositions latines (poignée de main à M. Chavez, paroles de miel pour Cuba), comme elle vient d’effacer en Europe la dernière trace d’indépendance diplomatique et militaire, celle de la France. Qu’il s’agisse de la relance économique mondiale, de la guerre en Afghanistan ou de l’armement nucléaire de telle ou telle puissance, on entend Washington, et plus guère le Conseil de sécurité de l’ONU. L’OTAN s’étend de proche en proche à la moitié de l’univers, sorte de demi-ONU à la main des Etats-Unis - lesquels ont beaucoup craint dans les années 90 que la véritable Organisation universelle ne leur échappe et prenne au sérieux son rôle de forum et de régulation internationale, comme le voulait tant la France et comme le voulurent ensuite quelques hommes de bonne volonté - tel Boutros Boutros Ghali, qui, lorsqu’il tenta de lui donner sa chance après la fin de la guerre froide, se trouva en bute aux incessantes vexations et manœuvres de Washington, pour être finalement éconduit en 1996… La substitution de l'ONU à l'OTAN s’annonça une première fois spectaculairement, en 1999, lorsque l'armada transatlantique bombarda Belgrade sans nulle autorisation du Conseil de sécurité, c'est à dire en violant benoîtement la charte de l'ONU - c'était il y a dix ans exactement sous la présidence d'un certain Clinton, personnage aussi souriant et sympathique que l’est M. Obama aujourd'hui. Dix ans après Belgrade, les avancées de l'Organisation dite « atlantique » jusque dans les profondeurs de l'Afghanistan signe sa victoire sur toute forme d'universalisme authentique.
Or, OTAN et ONU, ce n’est pas du tout la même chose -cela d’abord pour la France. Si le deux organisations sont nées à peu d‘années d’intervalle elles le furent dans des atmosphères et des esprits fort différentes. La première naquit en 1945, à l’enseigne du droit, et notamment de la souveraineté des nations; elle fut portée sur les fonds baptismaux par plusieurs Français de renom, de Gaulle tenant la barre, en France, la barre du gouvernement de Libération ; la seconde entendit opposer un empire, atlantique, à l’empire soviétique; elle fut endossé par la IVème république, préludant aux traités supra-nationaux que ses gouvernements faibles signèrent sans grand souci de leur souveraineté -en 1951 celui de la CECA, en 1957, celui de Rome… C’est une lecture du monde que de faire reposer l’équilibre international sur la coopération entre nations souveraines, une autre que de le fonder sur la constitution de vastes empires constituant leurs clientèles pour traiter d’égal à égal…