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Dimanche 19 avril 2009 ; Mirebeau. - La soirée pourrait être douce, à lire sur
la terrasse devant le jardin bien tondu; mais ce soir il faut encore prendre le train pour Paris, et demain pour Bruxelles. De train, bientôt, plus jamais. Ni de bureau, d’émissions de radio à
expédier quasi sans préparation, d’Indépendance à boucler d’urgence – les Cahiers, peut-être… Bientôt, enfin, l’indépendance absolue.
Par dessus-tout, plus de reproches ; car s’il y eut une constance dans les dix années que je viens de passer, de loin les plus tourmentées de ma vie, c’est bien que chaque jour fut émaillé de mille reproches : il se trouvait chaque jour, plusieurs fois par jour un lecteur, un électeur, un ami ou un adversaire pour glisser son reproche mes articles étaient mal fichus, mes livres mal relus (d’ailleurs, je manque tellement, pour eux, de force, que n’en publie presque plus), mes publications prétendument mensuelles ou trimestrielles irrégulières et pleines de fautes « vraiment, mon cher ami, la finition de tes canards, m’a mille fois répété un ancien journaliste, cela laisse beaucoup trop à désirer ; au reste mon travail parlementaire était bien mince (« vous n’avez rien compris au dossier pourtant très complet que je vous ai adressé la semaine dernière »), les interventions n’aboutissaient pas, (« alors que je vous ai envoyé toutes les pièces nécessaires pour que vous puissiez débrouiller ma petite affaire »), l’Europe allait tout de travers (« Comment pouvez-vous, M. le député, laisser Bruxelles faire tant de choses inadmissibles ? Vous ne faites pas votre métier, on ne vous a pas élu pour que vous regardiez passer les balles, etc, etc…. »). J’étais méprisant quand je répondais de façon trop vague, long et confus quand je m'efforçais d’être complet, absurde quand je refusais telle ou telle alliance, criminel quand je l’acceptais, inconstant pour les uns, obstiné pour les autres, grossier quand je ne répondais pas aux lettres, évasif ou formel quand j’y répondais « pour qui vous prenez vous ? ». Ah, l’enfer de ces années ! Un conseil à tous les politiciens en herbe : souriez, soyez d’accord avec tous, et surtout votre parti ; ne faites rien, pas de revue, pas de journal, pas de manifestation de rue, des interventions rares – à condition qu’elles soient modérées, etc… En un mot, restez caché. C’est d'ailleurs ce que je vais faire.