Texte Libre

Vendredi 12 juin 2009 5 12 /06 /Juin /2009 14:36

Bloc-notes-de Paul-Marie Coûteaux

Vendredi 24 avril 2009 ; Paris
. Déjeuner avec AF, très aimable journaliste. Quand, au fil de la conversation, on en vient aux questions politiques un peu sérieuses, et que je tente d’expliquer ce que peut représenter la souveraineté, il est manifeste que l’attention se relâche : je lui fait observer que la question n’est pas mince, il finit par me couper : “On connait votre ritournelle”; fort bien. Je lui demande alors, avec sans doute un peu d’impudence ce que le mot peut représenter pour lui, il élude d’une phrase devenue quasi-rituelle : “Vous savez bien que tout cela est dépassé”. Je “sais bien”, donc…Ce sont ces gens qui, non seulement me disent ce qu’il faut penser, s’il s’agit de pensée, mais m’apprennent aussi ce que je sais, ce que, même, “je sais bien”. Fin de déjeuner charmante : car, avec des journalistes, il est encore possible de parler sérieusement de politique…

 

Arrive le moment où chaque question politique, chaque événement (encore, l’autre jour, l’incroyable sortie de Mme Rachida Dati pouffant de rire parce qu’elle récitait de travers les fiches qu’on lui avait préparées) n’est plus, dans le tumulte actuel, qu’un accablement supplémentaire. C’est au point que l’idée me taraude de lever définitivement ma plume sur tous ces sujets, et de ne plus écrire que des choses insignifiantes – je crois envers et contre tout qu’il n’est pas jusqu’au plaisir d’écrire des choses insignifiantes qui ne suppose une civilisation. J’aperçois bel et bien le jour où je laisserai tomber le pesant souci politique, et n’aurai plus de consolation universelle que de contempler à l’infini le jardin bien taillé ; le calme d’un jardin en ordre, c’est aussi celui de l’esprit –ce qui vérifie l’axiome selon lequel il suffit qu’une part du monde se mette en ordre, pour que tout s’ordonne autour d’elle.

 

Samedi 25 avril 2009 ; Mirebeau. On y voit finalement très clair un peu partout : par exemple, on finit par comprendre très précisément ce que signifie l’expression « jardin secret » : avoir un jardin est une des voies parfaites de l’en-soi ; mieux qu’un refuge, un signe inexpugnable de notre passage sur la terre. 

                  

 Dimanche 26 avril 2009 ; Mirebeau. Distraitement, deux ou trois soirs d’affilée, à l’heure de me coucher, je me suis mis à brosser les chats. A peine l’exercice est-il commencé, ils ronronnent bruyamment, si contents de la caresse qu’ils relancent ma main aussitôt la brosse posée. Et voilà que, hier au soir, tandis que, fatigué, je me couchais en oubliant le rite, je les vois protester en tournant autour de moi, passant l’un après l’autre sous ma main avec l’intention manifeste de la rappeler à son devoir. Thèmis, furieuse, en a même fait tomber la brosse posée sur ma table de chevet… je m’exécute de bonne grâce ; puis, ma besogne faite, ils m’abandonnent, et, ravis sans doute de se sentir si bien peignés, se jettent l’un sur l’autre, s’entrelacent, et jouent sans fin sur le tapis rouge.

 

          Chats ; rousseur de Pélléas, de plus en plus éclatante; je le regarde, courant sur la pelouse fraîchement tondue, faisant rayonner ses poils au vent comme un roi de la jungle.

 

 

Lundi 27 avril 2009 ; Paris. « Mauriac intime », de Jean-Luc Barré : du culte aux Lettres suprêmes.

 

 

Par Quotidien de Babylone - Publié dans : Réflexions - Communauté : Le Club des Citoyens
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