Alors que Monsieur Barnier, Ministre de l'agriculture et de la pêche, se félicite des avancées faites grâce à son "Plan pour une pêche durable et responsable",
Bruxelles vient de réclamer à la France le remboursement des aides allouées aux pêcheurs entre 2004 et 2006 au titre du fonds de prévention des aléas de la pêche (FPAP). Ces aides ont été jugées
incompatibles avec les règles communautaires relatives aux aides d'Etat.
Bruxelles réclame aujourd'hui 80 millions d'Euros aux pêcheurs risquant ainsi de mettre la pêche française "en dépot de bilan"
Comment Monsieur Barnier, pour qui le fonctionnement de la Commission Européenne n'a pourtant aucun secret, peut-il se réjouir des avancées de son Plan Pêche alors qu'il n'a pu lui échapper que les vraies décisions en matière de pêche se prennent à Bruxelles? Tout le reste n'est qu'effet d'annonce et poudre aux yeux.
Il faut rendre aux Etats leurs prérogatives pour protéger leurs économies. Les réponses qui sont apportées aujourd’hui doivent être soit nationales soit relever de la coopération entre Etats et surtout ne pas être contredites par Bruxelles. Mieux vaut se nourrir de vrais poissons que de fausses paroles !
Force est de constater le manque d’ambition dans les orientations remises par la présidence française à ses partenaires européens pour le bilan de santé de la
PAC.
Elles n’y retrouvent pas les propositions faites par le président en septembre 2007 au SPACE et en février 2008 au Salon de l’Agriculture. Nicolas Sarkozy se faisait alors le chantre d'une véritable refondation de la PAC fondée sur la préférence communautaire et la fin de l’asservissement à l’OMC.
La France est aujourd’hui bien loin de cette vision de rupture de la PAC et se contente d’aménagements mineurs qui ne permettront pas de construire
une agriculture durable (à travers le maintien des quotas laitiers par exemple). Ce n’est pas dans le renforcement du découplage des aides ou dans leur diminution que se trouvent les
solutions pour corriger les erreurs commises depuis que l’Union Européenne s’entête à aligner la PAC sur les exigences de l’OMC.
Il est en effet totalement irresponsable d’abandonner les derniers outils de régulation de la politique agricole à l’heure où la question alimentaire revient au premier plan des grands
problèmes du monde et que le tout-marché est dans l’impasse.
Malgré des engagements pris au plus haut niveau, les agriculteurs risquent une nouvelle fois d'être très déçus. Michel Barnier, le ministre de l’Agriculture, rentre dans le jeu de la
Commission. Il semble prêt à négocier avec ses petits camarades de Bruxelles sur les bases de ce bilan de santé. Le bon sens voudrait pourtant que l'on lance une vraie réflexion sur une
PAC qui organise et régule les productions agricoles nécessaires aux Européens.
Philippe de Villiers
a accusé mercredi le commissaire européen au Commerce Peter Mandelson de "brader les intérêts agricoles" de l'Union aux négociations de l'OMC à Genève.
"Alors que le gouvernement des Etats-Unis renforce fortement son soutien à l'agriculture, pour garantir la sécurité alimentaire des Américains, l'Europe, par la voix du commissaire Mandelson,
brade ses intérêts agricoles en offrant d'abaisser ses droits de douane de 60%", déclare le président du Mouvement pour la France dans un communiqué.
"La Commission est arrivée avec un dossier creux. Ils n’ont aucune donnée scientifique fiable, ils n’ont que des suppositions. Même les contrôles de la
marine française, c’est du pipeau pour eux. Eux ils n’ont rien, nous on a des preuves et on passe pour des menteurs. On tue des familles sur des suppositions. Nous avons affaire à des
bolcheviques, ici c’est pire que dans les années 40."
C'est la réaction de Mourad Kahoul, président du syndicat des thoniers méditerranéens, suite à une rencontre avec les commissaires
européens, qui ont décidé l'arrêt de la pêche au thon en Méditerranée.
C'est sur ce cri que plus de 400 pêcheurs manifestaient aujourd'hui à Bruxelles, dans le quartier des institutions européennes, pour protester contre la
hausse du prix du gazole et rencontrer des responsables de la Commission européenne. Ils étaient rassemblés près des sièges de la Commission européenne et du Conseil européen, encadrés par un
important dispositif des forces de l'ordre et des barrières métalliques .
Les manifestants, venus pour l'essentiel de France et d'Italie, souhaitaient des technocrates bruxellois une plus grande compréhension face à leurs difficultés, aggravées depuis la
hausse des produits pétroliers, ainsi qu'une révision de la politique des quotas de pêche. Dans la matinée, une délégation a été reçue par le chef de cabinet du commissaire européen en
charge de la Pêche, Joe Borg, afin de faire entendre ce message : " Nous voulons vivre de notre métier !" En vain. La Commission européenne écoute, mais n'entend pas !
Les pêcheurs sont lucides. "Le gouvernement français a les mains liées sur les aides aux pêcheurs, c'est ici que ça se passe, il faut trouver une réponse européenne au problème du prix du
gazole", estime Madjid Bouayad-Agha, responsable d'une association de pêcheurs de Sète.
Le président du Mouvement pour la France Philippe de Villiers
soulignait déjà il ya quelques jours la responsabilité de l'Union
européenne dans la crise de la pêche, dénonçant notamment les importations massives de poisson venu de l'extérieur de l'UE.
L'UE "interdit de pêcher avec des quotas", "propose aux pêcheurs de se reconvertir dans l'aquaculture" et "dans le même temps ouvre grand ses frontières à du poisson de mauvaise qualité, venant
de pays" qui recourent aux "chalutiers racleurs de fonds" ou aux élevages "aux farines animales", a-t-il déclaré à l'AFP.
"On ne peut plus pêcher de la sardine de Saint-Gilles Croix-de-Vie (Vendée), et on importe de la sardine chinoise ou du poisson brésilien", a-t-il dénoncé.