Texte Libre

Questions Internationales

Mercredi 13 mai 2009

Mercredi 15 avril; Bruxelles. - Sur l’OTAN, ceci encore : Si l’on a mis l’accent sur la dimension symbolique, on a moins souvent insisté sur la réduction de nos marges de manœuvres opérationnelles : d’une part, cette participation a un coût (environ un demi-milliard d’euros sur 5 ans), d’autre part, de nombreux officiers français (plus de 800) seront détachés de nos armées au bénéfice des chaînes du commandement « atlantique »; pour finir, il est inévitable que certains de nos contingents, déjà déployés sur tous les continents à la limite de nos capacités, seront  dégarnis en priorité sur les terrains extérieurs à l'OTAN, notamment en Afrique. Déjà diminués par deux fois depuis deux ans, les garnisons françaises y pourraient encore être allégées, au risque de les rendre inaptes à leur mission, la première étant la stabilité de pays toujours menacés par des guerres et coups d'Etat. Où prélever encore ? Abandonner Djibouti serait renoncer à une carte stratégique de première importance ; il en va de même du Tchad, si fragile, comme en d'autres pays de l'Afrique occidentale ou équatoriale qui ont besoin de la France, tout autant que la France a besoin d'eux si elle veut rester une puissance mondiale. Notre lien très ancien avec l'Afrique serait ainsi, comme mécaniquement, la première victime du retour dans l'OTAN.

 

Et encore ceci : nul ne semble avoir songé à évaluer les conséquences sur nos industries de défense, certes difficiles à déterminer avec précision mais hautement prévisibles. Il est à peine besoin de rappeler que c'est dans le cadre de la politique d'indépendance menée par la Vème République, du moins à ses débuts, que furent conçus de grands programmes d’industries de défense. Aujourd’hui, la France est le seul pays européen capable de développer pratiquement toute la gamme des armements, nos partenaires contribuant de préférence à l’effort de recherche et de développement des matériels états-uniens (cf. le futur avion de combat ACF) : la France étant membre à part entière de l’Organisation euro-américaine, il lui sera fort difficile de ne pas faire de même au nom de la « compatibilité des matériels » ou de « l’interopérabilité », fut au détriment de nos industries –et de notre effort de recherche qui lui est tant lié…

 

Cet enfermement atlantique signe l'échec de ce que le général de Gaulle a voulu que soit le Vème République, jusqu’à son esprit même. Par sa présence même lors des cérémonies de Strasbourg et Kehl, la Chancelière se posa en marraine du retour de Paris dans le giron de Washington : alors que de Gaulle tenta d’amener l’Allemagne sur la voie d’une Europe indépendante, c’est aujourd’hui l’Allemagne qui nous ramène à l’alliance américaine ! Il faut tenir pour une galéjade l’idée, sans cesse reprise par les dévots de « l’Europe » mais aussi les dévots de l’atlantisme (en fait, ce sont curieusement les mêmes…), comme, bien entendu par la « grande » presse, qui aime tant l’une et l’autre, que notre réintégration fera progresser l’Europe de la défense. Comment croire ce syllogisme : « nous voulons faire progresser la défense européenne  auprès de nos partenaires, qui certes préfèrent l’OTAN (à laquelle il est fait référence à de multiples reprises dans le traité de Lisbonne), en entrant dans l’OTAN, nous parviendrons à doter l’Europe d’une défense autonome ?

 
Jeudi 16 avril 2009 ; Mirebeau. - OTAN, suite. Jacques Myard faisait judicieusement remarquer, l’autre jour, que « l’OTAN concourt à la stratégie d’influence des Etats-Unis, et que, par exemple, le sabir nord-américain y tient lieu de langue de travail exclusive ; par mimétisme, il est édifiant de constater que la force de gendarmerie « européenne » n’emploie que l’anglo-américain comme langue de travail ». Et cela est bien moins anodin que presque tout le monde le pense, ou ne le pense pas… 

 

 

Par Quotidien de Babylone
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Mercredi 13 mai 2009

Mardi 14 avril 2009; Bruxelles. - J’ai peine à dégager mon esprit de la question de l’OTAN, dont l’emprise me parait finalement aussi grave que la question de l’Europe, qui d’ailleurs ne fait que la compléter. Les conséquences de notre réintégration ne cessent d’apparaitre ici ou là, de plus en plus diverses, et presque toujours graves…

 

Ainsi, on voit bien comment, par exemple, Washington est en train de se substituer à l’ONU comme instance de régulation des conflits et maître de la paix ou de la guerre. La nouvelle diplomatie américaine enveloppe en douceur les oppositions latines (poignée de main à M. Chavez, paroles de miel pour Cuba), comme elle vient d’effacer en Europe la dernière trace d’indépendance diplomatique et militaire, celle de la France. Qu’il s’agisse de la relance économique mondiale, de la guerre en Afghanistan ou de l’armement nucléaire de telle ou telle puissance, on entend Washington, et plus guère le Conseil de sécurité de l’ONU. L’OTAN s’étend de proche en proche à la moitié de l’univers, sorte de demi-ONU à la main des Etats-Unis - lesquels ont beaucoup craint dans les années 90 que la véritable Organisation universelle ne leur échappe et prenne au sérieux son rôle de forum et de régulation internationale, comme le voulait tant la France et comme le voulurent ensuite quelques hommes de bonne volonté - tel Boutros Boutros Ghali, qui, lorsqu’il tenta de lui donner sa chance après la fin de la guerre froide, se trouva en bute aux incessantes vexations et manœuvres de Washington, pour être finalement  éconduit en 1996… La substitution de l'ONU à l'OTAN s’annonça une première fois spectaculairement, en 1999, lorsque l'armada transatlantique bombarda Belgrade sans nulle autorisation du Conseil de sécurité, c'est à dire en violant benoîtement la charte de l'ONU -  c'était il y a dix ans exactement sous la présidence d'un certain Clinton, personnage aussi souriant et sympathique que l’est M. Obama aujourd'hui. Dix ans après Belgrade, les avancées de l'Organisation dite « atlantique » jusque dans les profondeurs de l'Afghanistan signe sa victoire sur toute forme d'universalisme authentique.

 

Or, OTAN et ONU, ce n’est pas du tout la même chose -cela d’abord pour la France. Si le deux organisations sont nées à peu d‘années d’intervalle elles le furent dans des atmosphères et des esprits fort différentes. La première naquit en 1945, à l’enseigne du droit, et notamment de la souveraineté des nations; elle fut portée sur les fonds baptismaux par plusieurs Français de renom, de Gaulle tenant la barre, en France, la barre du gouvernement de Libération ; la seconde entendit opposer un empire, atlantique, à l’empire soviétique; elle fut endossé par la IVème république, préludant aux traités supra-nationaux que ses gouvernements faibles signèrent sans grand souci de leur souveraineté -en 1951 celui de la CECA, en 1957, celui de Rome… C’est une lecture du monde que de faire reposer l’équilibre international sur la coopération entre nations souveraines, une autre que de le fonder sur la constitution de vastes empires constituant leurs clientèles pour traiter d’égal à égal…

 

 

                                                                       

Par Quotidien de Babylone
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Lundi 23 mars 2009

Bloc-notes de Paul-Marie Coûteaux.

Mercredi 11 mars 2009
- Sur Courtoisie, nous avons fait une excellente émission ce soir sur l'OTAN avec l'Amiral Michel Debray, Jean-Paul Bled, et Daniel Garrigues, député de la Dordogne qui vient d'être exclu de l'UMP et s'annonce très décidé à voter la semaine prochaine contre la réintégration de la France dans le Commandement intégré de l'OTAN. Il y a tant d'arguments aussi bien militaires que diplomatiques, économiques et même psychologiques contre cette décision que à la fin, on ne voit plus du tout ce qui peut la motiver. Nous en profitons pour annoncer la manifestation à laquelle le RIF convie les parisiens le jeudi 2 avril prochain, veille des cérémonies de Strasbourg (et Khel !) avec les deux compères de l'OTAN, Monsieur Obama et Madame Merkel. Nous nous réunirons sur les Champs Elysées, à la station "Champs-Elysées Clemenceau"  à 18h00 devant la statue du général de Gaulle. Je demande à tout le monde de venir en tenue noire et brassard de crêpe noire avec si possible des chrysanthèmes. Le 7 avril à 19h, Jean-Paul Bled organise à la Sorbonne un colloque sur le sujet. Du moins aurons nous fait ce que nous pouvons.

Par Quotidien de Babylone
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Vendredi 20 mars 2009

Le député français au Parlement européen Paul-Marie Coûteaux dénonce un rapport sur la visite au Maroc d'une délégation du Parlement européen.

Plusieurs députés européens membres de la délégation pour les relations avec les pays du Maghreb et l'Union du Maghreb Arabe ont dénoncé, mardi 17 mars 2009, lors d'une réunion houleuse au Parlement européen, les fuites organisées d'un "projet de rapport sur la visite au Maroc d'une délégation du Parlement européen" et demandé "qu'une mise au point soit faite officiellement".

Paul-Marie Coûteaux, également membre de la commission des affaires étrangères du Parlement européen, a indiqué avec la plus grande fermeté qu’il "récuse ce projet de rapport dans sa totalité et dans son esprit". Il a affirmé que cette "très grave fuite vicie la procédure dès son origine", qualifiant d’ "absolument scandaleux" le fait qu’un projet de rapport soit mis à la disposition de la presse avant qu’il ne soit validé. L’esprit du document démontre, à ses yeux, que ses auteurs sont allés "au-delà de leur mission en prenant des positions politiques". Paul-Marie Coûteaux a préconisé de "revoir l’ensemble de la procédure et la totalité du contenu de ce document".

Par Quotidien de Babylone
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Vendredi 27 février 2009

Par Philippe de Villiers (Le Figaro)

Le président du Mouvement pour la France et député au Parlement européen ne partage pas les arguments de Michèle Alliot-Marie en faveur du ralliement à l'Alliance atlantique et entend le faire savoir.

La confusion paraît à son comble. Michèle Alliot-Marie s'érige, au nom du gaullisme, en chantre de l'atlantisme, et le très atlantiste secrétaire général de l'Otan, Jaap de Hoop Scheffer, déclare avec complaisance : « Je me sens un peu gaulliste… » Que se cache-t-il derrière ces jeux de rôle, derrière la décision surprenante du président de la République, jamais évoquée pendant sa campagne, de regagner le bercail de l'organisation militaire intégrée de l'Otan ?

Ce ralliement traduit la dérive d'une large élite politique française qui n'a plus d'autre horizon que l'alignement systématique sur les États-Unis. L'idée que la France ait à jouer un rôle spécifique de puissance d'équilibre et de médiation, en s'appuyant sur une diplomatie libre, indépendante, non alignée, étrangère à la notion de bloc, aiguillon d'une Europe européenne, leur est devenue totalement étrangère. Comment des gaullistes, ou qui se prétendent tels, ont-ils pu oublier à ce point l'intuition fondatrice du général de Gaulle : « Je veux l'Europe pour qu'elle soit européenne, c'est-à-dire qu'elle ne soit pas américaine. »

Michèle Alliot-Marie entreprend de dissimuler la réalité de ce ralliement en recourant à un triple sophisme.

Le premier consiste à présenter la décision de retourner dans les structures militaires intégrées de l'Otan comme étant inspirée par le même sens de «la grandeurde la France» qui avait amené le général de Gaulle à s'en retirer. Il faut avoir de l'estomac pour assimiler l'esprit de la décision de 1966 qui a fait de notre pays «la France aux mains libres» à celui de la décision de 2009, qui nous ramène au statut de clone de la Grande-Bretagne. Or, le monde multipolaire, instable et dangereux qui est le nôtre a plus que jamais besoin d'une France aux mains libres. Alors que ce retour nous ramène en arrière, au temps de la IVe République, au temps de la dépendance, lorsque le Quai d'Orsay donnait pour toute instruction à nos ambassadeurs : «Vous prendrez l'attache de votre collègue américain.»

Pourquoi vouloir renoncer à notre marge de liberté, alors que la situation actuelle, fidélité à l'Alliance atlantique sans intégration dans les structures militaires, nous permet depuis plus de quarante ans d'être les amis des Américains sans être leur vassal, d'être à leurs côtés lorsqu'il y a péril commun sans avoir à endosser leurs erreurs stratégiques ? Nous avons eu des divergences sur l'invasion de l'Irak, et il est heureux que la France ait pu faire entendre alors une autre voix. Nous aurons des divergences sur l'Afghanistan, le Pakistan, l'Iran. Pourrons-nous encore les exprimer lorsque nous aurons aliéné notre liberté ? Or, c'est cette liberté d'analyse, de ton, d'initiative qui intéresse à Brasilia et au Caire, à Islamabad, à Helsinki ou à Moscou et qui nous permet de jouer un rôle utile au service de la paix.

Le second sophisme consiste à présenter la réintégration de l'Otan comme le préalable indispensable pour pouvoir construire une véritable défense européenne. Or, nous savons qu'on ne pourra pas mettre celle-ci sur pied tant qu'un nombre important d'États considérera que l'armée américaine en tient lieu. Il nous appartient donc de contribuer à responsabiliser nos partenaires européens, de les amener à consentir les efforts nécessaires pour assurer leur propre sécurité et à privilégier les alliances de voisinage, qui offrent les garanties les plus sûres. Pense-t-on sérieusement que l'abandon par la France de son statut spécifique au sein de l'Alliance atlantique est de nature à favoriser de telles évolutions ? Au contraire, cela envoie le pire signal qui soit : ceux qui consentent le moins d'efforts pour leur propre défense se sentiront justifiés et confortés dans leur choix en faveur de la facilité et de la déresponsabilisation. Notre décision favorisera davantage une otanisation de l'Europe qu'une européanisation de l'Otan.

Le troisième sophisme consiste précisément à faire croire que le retour de la France dans les organes militaires intégrés va nous permettre de faire évoluer l'Otan et de l'européaniser. Demandez donc à nos amis britanniques si, depuis qu'ils sont les «alliés privilégiés» de Washington, ils ont influé en quoi que ce soit sur les stratégies de l'Otan ! Croit-on sérieusement que l'octroi à la France de deux commandements non opérationnels de second ordre va changer la donne ? Au contraire, ils vont nous placer dans un piège : ils rendront beaucoup plus difficile le refus d'envoyer de nouveaux contingents militaires français en Afghanistan, même si nous ne sommes pas en accord avec la stratégie fixée par les États-Unis. Enfin, tout bon négociateur sait que c'est avant de faire une concession que l'on négocie la contrepartie, pas après.

Non, le choix de la réintégration dans l'organisation militaire intégrée de l'Otan n'est pas le choix de la responsabilité, c'est le choix de l'allégeance. Il nous fera perdre une liberté précieuse, banalisera la perception de notre pays dans le monde et fera disparaître un élément important de cohésion nationale qu'il n'est pas responsable de briser.

Par Quotidien de Babylone
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Vendredi 27 février 2009

Contre le retour de la France dans les structures militaires de l'Otan.

Philippe de Villiers président du conseil général de la Vendée, le 26-02-2009
Source : Valeurs Actuelles

Le contraste est saisissant entre les proclamations solennelles d’attachement à l’indépendance nationale lancées par les dirigeants français, encore récemment à Munich, et les objectifs concrets assignés à notre diplomatie et à notre défense. En fait de rupture, c’est une double intégration, une double normalisation, européiste et atlantiste, qui nous est imposée.

La priorité absolue de notre politique étrangère, c’est d’obtenir à tout prix la ratification du traité de Lisbonne, qui enserre notre diplomatie dans un carcan communautaire. La priorité en matière de défense, c’est le ralliement à l’intégration complète au sein du bloc atlantique, en parfaite cohérence avec l’article 42 du traité de Lisbonne.
Dans cinq semaines, à Strasbourg, la France va abdiquer son indépendance militaire en réintégrant officiellement le bercail du com­mandement intégré de l’Otan, dont on célébrera le soixantième anniversaire. La scène promet d’être touchante : des Européens extatiques chanteront Happy Birthday en entourant le maître de cérémonie, le président Obama, et Nicolas Sarkozy déposera son cadeau, celui du réalignement de la France.

C’est une caractéristique fondamentale de notre politique depuis plus de quarante ans qui est ainsi remise en question.

Le principe au nom duquel le général de Gaulle a fait quitter à la France la structure intégrée de l’Otan serait-il donc devenu obsolète ? Nullement. De quoi s’agit-il ? D’empêcher toute possibilité d’engagement automatique des forces françaises sans décision politique nationale préalable. Ce principe est plus capital que jamais dans notre monde multipolaire avec une Otan très élargie et aux missions floues.

Nous connaissons bien les États-Unis. Nous sommes leurs amis et leurs alliés. Mais nous connaissons aussi les difficultés structurelles qu’ils éprouvent, quelle que soit l’équipe au pouvoir, pour entretenir des relations partenariales avec leurs alliés. Au nom de leur “vocation au leadership”, clairement réaffirmée par Barack Obama dans son discours d’investiture, ils tendent à imposer leurs conceptions, leurs méthodes, leurs objectifs, leurs équipements, leur vision idéologique. Rallier le statut d’“intégré” dans une organisation qui reste fondamentalement une “machine américaine” signifie, aujour­d’hui comme hier, que nous serons amenés, volens nolens, à suivre les États-Unis sur des théâtres d’opération extérieurs qu’ils détermineront et que nous ne pourrons pas nous désolidariser d’alliés habitués au ­suivisme.

La perception de la France dans le monde va en être profondément altérée. Nous étions jusqu’ici la “France aux mains libres” et nous allons devenir une sorte de clone de la Grande-Bretagne. Qui intéresserons-nous si nous n’avons plus autonomie de décision ­in­dé­pendante, si nous n’incarnons plus un certain non-alignement ?

Du moins, prétendent certains, pourrons-nous influencer les décisions de l’Otan et l’européaniser. Ne rêvons pas. Il n’y a qu’un seul commandement opérationnel suprême : le SACEUR (Supreme Allied Commander Europe, commandant suprême des forces alliées en Europe), et il reste entre les mains du général commandant les forces américaines en Europe. Et ce ne sont pas deux commandements de second ordre donnés à des Français qui changeront la donne. En revanche, ils pourront justifier des exigences compensatoires comme celle d’accroître notre engagement militaire en Afghanistan.

Enfin, la réintégration de la France dans l’Otan nous est présentée comme le préa­lable incontournable pour pouvoir construire une vraie défense européenne. C’est une aimable plaisanterie. Elle n’en sera pas le préalable, mais le tombeau. La volonté française d’indépendance constituait le principal aiguillon en faveur d’une défense vraiment européenne. La France rentrant dans le giron atlantique, ceux qui considèrent que l’armée américaine tient lieu de défense européenne s’estimeront confortés dans leur choix en faveur de la facilité et de la déresponsabilisation.

Cette décision ne nous apportera aucun gain sur le plan militaire, seulement de nou­velles contraintes, et le prix politique à payer pour l’aliénation de notre marge de liberté sera très élevé. Pourquoi renoncer au statut spécifique de la France dans l’Otan ? Il avait fini par être accepté par les États-Unis. Il apportait une contribution originale à la relation transatlantique. Il était le symbole positif d’une certaine indépendance de la France aux yeux du monde. Il incarnait la volonté d’une politique européenne de défense autonome. Il était l’objet d’un consensus national que rien ne nous oblige à rompre.


Non à la France du renoncement !

par Nicolas Dupont-Aignan


Le Monde
, 20 février 2009


Sans en avoir dit le moindre mot durant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy a solitairement décidé le retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’OTAN, dont l’avait sortie le général de Gaulle en 1966.

Il avance trois arguments, mais aucun ne résiste à un examen sérieux. En premier lieu, la disparition de la menace soviétique justifierait ce retour dans l’OTAN. Argument bien étrange : la fin du pacte de Varsovie aurait dû, au contraire et depuis longtemps, permettre la redéfinition de l’Alliance atlantique dans le sens d’une émancipation de la défense européenne, certes partenaire des Etats-Unis, mais non plus sous tutelle. Devant la commission de la défense à l’Assemblée nationale, mardi 17 février, MM. Morin et Kouchner eux-mêmes ont d’ailleurs reconnu "qu’il faut réfléchir à l’avenir de l’OTAN". N’est-il pas plus sage et plus logique de le faire avant le retour complet dans l’OTAN qu’après ?

Les circonstances ont bel et bien changé. Mais cela souligne l’audace visionnaire du général de Gaulle : l’émergence d’un monde multipolaire. Il serait donc complètement contre-productif pour la France, qui a vu juste avant tout le monde, de se renier, notamment face aux pays émergents trop souvent qualifiés d’adversaires par la doctrine américaine du "choc des civilisations". Notre pays verrait sa position internationale diminuée, il se priverait d’une carte maîtresse vis-à-vis du monde comme de ses partenaires européens.

Deuxième argument : il vaut mieux être à l’intérieur qu’en dehors pour peser sur les décisions. Mais le départ de la France de l’OTAN, en 1966, fut motivé par le refus répété des Etats-Unis de partager le pouvoir en son sein. Aujourd’hui, les choses ont-elles vraiment changé ? Exception faite de deux petits commandements secondaires promis par Barack Obama, rien ne permet de le croire, au contraire. Et lorsque Nicolas Sarkozy a décidé d’envoyer des renforts français en Afghanistan, il a voulu faire croire que cela permettrait d’infléchir la stratégie américaine dans ce pays : il n’en est rien et on s’enfonce chaque jour davantage dans un bourbier.


"JEU DE DUPES"


Enfin, ce serait le seul moyen de faire "l’Europe de la défense". Mais à quoi bon, si celle-ci doit être une simple succursale de l’OTAN en Europe, et non un instrument autonome de sécurité au service de sa propre vision du monde ? Et comment convaincre nos voisins, dont l’appartenance à l’OTAN est le prétexte à négliger leur propre effort de défense, de s’investir dans une ambitieuse coopération militaire dès lors que le principal pays moteur, le nôtre, renoncerait à son tour ?

Ainsi, le "jeu de dupes" diplomatique que dénonçait récemment Alain Juppé n’est-il qu’un des aspects de la normalisation atlantiste de notre pays qui, dans les faits, renonce. "La volonté qu’a la France de disposer d’elle-même est incompatible avec une organisation de défense où elle se trouve subordonnée", disait de Gaulle. Appliquez cette phrase, toujours pertinente, à l’actuelle politique présidentielle vis-à-vis de l’OTAN, et vous déduirez que l’acharnement de Nicolas Sarkozy à subordonner notre pays aux Etats-Unis signifie son renoncement à une France ayant la volonté et la capacité à disposer d’elle-même sur la scène internationale.

Preuve indiscutable, le chef de l’Etat aborde ce retour dans l’OTAN après avoir, en 2008, imposé un Livre blanc qui prévoit, en cinq ans, une diminution drastique de notre effort de défense à 1,2 % du PIB (hors pensions et budget de la gendarmerie), soit très loin derrière la Grande-Bretagne et à peine au niveau de l’Allemagne qui, pourtant, assume des obligations opérationnelles bien moindres que les nôtres.

Cessons de tourner autour du pot : le débat n’est pas technique, mais idéologique. En réalité, Nicolas Sarkozy fait partie de cette droite férocement atlantiste, en complet décalage avec le sentiment profond du peuple français auquel Charles de Gaulle avait rendu sa dignité. "Mon pays ce n’est pas la France, c’est la France libre", disait Romain Gary. Pour moi, c’est clair : la France soumise n’est pas et ne sera jamais la France.


Nicolas Dupont-Aignan, député de l’Essonne, président du rassemblement gaulliste Debout la République

Article paru dans l’édition du 21.02.09

Par Quotidien de Babylone
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Vendredi 27 février 2009

Jacques Myard (député UMP, président du Cercle Nation et République) se félicite du débat qui est engagé à l'Assemblée Nationale sur l'éventualité – qui semble acquise – du retour complet de la France dans l'organisation militaire de l'Alliance Atlantique.

Il constate que malheureusement ces dernières années, l'Otan s'est élargie géographiquement, a élargi ses missions pour devenir une organisation globale sans que cela ait donné lieu à débat au sein du Parlement, ce qu'il a toujours dénoncé.

La question posée aujourd'hui de franchir un nouveau pas en ralliant le Comité des plans suscite à juste titre de multiples interrogations, même si on doit reconnaître que l'Otan actuelle n'a plus rien à voir avec l'Organisation que le Général de Gaulle a quittée en 1966 puisqu'il n'y a plus de troupes prépositionnées, donc intégrées, pour faire face au pacte de Varsovie d'alors.

Il est exact que l'Otan d'aujourd'hui est une organisation à la carte, selon le fameux axiome posé par  l'ancien chef du département à la défense américain, D. Rumsfeld, « c'est la mission qui commande la coalition ».

Il n'en demeure pas moins que la «  réintégration » complète de la France dans l'appareil de l'Otan, à l'exception du Comité Nucléaire, constitue une double illusion au regard des objectifs recherchés et, avant toutes choses une faute diplomatique.

Il s'agit d'une double illusion tout d'abord:
    
L'argument officiel est de prétendre que la France sera ainsi capable de peser sur  les choix stratégiques de l'Otan, la meilleure preuve étant que nous devrions obtenir le commandement de Norfolk qui est chargé de la transformation militaire de l'Otan et donc de la conception géostratégique de l'Alliance.

Rien n'est moins vrai! L'Otan est une organisation politico-militaire américaine qui participe à la stratégie d'influence des Etats-Unis. Son logiciel est élaboré exclusivement à Washington. Le fait que des officiers supérieurs et généraux français intègrent la Structure n'y changera rien. L'expérience des Anglais, à ce propos, est révélatrice, eux qui prétendent que coller aux Américains leur donne voix au chapître à la Maisons-Blanche. La réalité démontre tout le contraire, sans mentionner le fait que l'Otan constitue une machine culturelle et linguistique qui impose à tous l'utilisation de l'anglais nord-américain.

Deuxième illusion, l'européanisation de l'Otan?
    
Le syllogisme officiel qui est de dire: 1° Nous sommes pour une défense européenne 2° Nos partenaires sont pour et dans l'Otan 3°Rallions l'Otan pour amener nos partenaires sur une défense européenne, est d'une rare naïveté.

Nos partenaires ont clairement indiqué, conformément à l'article 42.7 du traité de Lisbonne, que «  les engagements et la coopération dans ce domaine demeurent conformes aux engagements  souscrits au sein de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord, qui reste, pour les Etats qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et l'instance de sa mise en oeuvre. »
    
De surcroît, aucun des Etats européens ne souhaite créer de doublons organisationnels, les Américains gardant en fait un droit de veto sur l'utilisation des moyens de l'Otan et laissant aux Européens le soin de monter des opérations de police conformément aux déclarations de Petersberg de 1992 ou dans le cadre des résolutions du Conseil de sécurité des Nations-Unies.

Il est certain que, la France ralliant définitivement l'Otan, il faudra désormais parler au passé de la défense européenne.

C'est, enfin et surtout,  une erreur diplomatique.
    
La France depuis 1966 a gagné une crédibilité d'indépendance diplomatique. Le ralliement à l'Otan met à mal cette crédibilité et le monde voit se reconstituer une sorte de « bloc euro-atlantique » alors même que l'on veut créer un dialogue euro-méditerranéen et que la France, à juste titre, veut avoir des positions sui generis au Proche et au Moyen-Orient.

Ce projet de décision de rallier l'Otan crée une confusion inopportune et regrettable dans le positionnement de la France sur la scène internationale.

Jacques Myard est, pour toutes ces raisons, fermement opposé au retour complet de la France dans l'appareil militaire de l'Alliance Atlantique, qui n'apporte rien sur le plan militaire, renvoie aux calendes grecques la défense européenne et remet en cause la crédibilité de l'indépendance diplomatique de la France.

 

 

 

Par Quotidien de Babylone
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Vendredi 20 février 2009

Bloc-notes de Paul-Marie Coûteaux

Mardi 10 février, Bruxelles
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Faisons donc le point sur l’incroyable affaire du « retour dans le commandement intégré de l’OTAN », qui est infiniment plus grave qu’on ne le croit : car, d’intégration européenne en intégration otanienne, c’est la désintégration nationale qui va finir par se jouer.  Question aussi importante que celle de l’ »Europe », qui la complète éloquemment, et qui pourrait prendre une égale importance lors de la prochaine campagne électorale.

  

Reprenons  donc ! Les  conséquences sur le fonctionnement, la souplesse et le coût de nos armées sont de divers ordres. S'il est faux de dire que, si cette intégration avait eu lieu avant la guerre d'Irak, la France eût été obligée d’y prendre part (membre de l'OTAN, l'Allemagne ne le fit pas en 2003, par exemple) il n'en est pas moins exact que nos marges de manœuvres, non seulement diplomatiques mais aussi opérationnelles se trouveront diminuées : d’une part, cette participation a un coût (environ un demi-milliards d’euros sur 5 ans), d’autre part, de nombreux officiers français seront détachés de nos armées au bénéfice des chaînes du commandement de l’organisation « atlantique »; il est fort probable que certains de nos contingents, déjà déployés sur tous les continents à la limite de nos capacités, seront  dégarnis en priorité sur les terrains extérieurs à l'OTAN, notamment en Afrique.

 

Déjà diminués par deux fois depuis deux ans, les garnisons françaises pourraient encore être allégées, au risque de les rendre inaptes à leur mission, la première étant la stabilité de pays toujours menacés par les coups d'Etat ou les guerres. Où prélever encore ? Abandonner Djibouti serait renoncer à une carte stratégique de première importance ; il en va de même du Tchad, si fragile, comme en d'autres pays de l'Afrique occidentale ou équatoriale qui ont besoin de la France, tout autant que la France a besoin d'eux si elle veut rester une puissance mondiale. Notre lien très ancien avec l'Afrique serait ainsi, comme mécaniquement, la première victime du retour dans l'OTAN.

 

A cela s'ajoutent des conséquences indéterminables mais inquiétantes : il est à peine besoin de rappeler que c'est dans le cadre de la politique d'indépendance menée par le Général de Gaulle que furent menés à bien de grands programmes d’industrie de la défense, si précieuses pour la recherche, comme pour notre tissu industriel dans son ensemble. Toute politique consistant à nous en remettre à d’autre du soin de nous défendre a un effet démobilisateur, inquantifiable mais certain, qui compta pour beaucoup dans l'anémie de la IVe République. Au reste, si chacun en Europe s'en remet aux autres et, in fine, à une puissance extérieure, c’est l'Europe entière qui sera tôt ou tard sans défense –face au grand "ensauvagement du monde" qu’annonce hélas le XXIe siècle. S’il est vrai que l'indépendance a un coût, tandis qu'il est difficile d'évaluer ses bénéfices, il est tout aussi vrai que la dépendance a un coup plus grand encore, alors qu’elle est de bien faible rapport.

 

 On touche ici à la dimension symbolique, à commencer par cette impression d’enfermement atlantique qui non seulement désavoue le Général de Gaulle mais parait signer l'échec de ce qu'il a voulu que soit le Vè république. Double échec, d’ailleurs à l’échelle de l’Europe comme à celle du monde : la concomitance de cette annonce avec celle de l'installation d'une brigade allemande en Alsace, à Ilkirch, et le fait que, par sa présence même lors des cérémonies d'avril à Strasbourg et Kehl, la Chancelière semble parrainer le retour de Paris dans le giron de Washington bafoue la politique franco-allemande telle qu'elle fut fondée entre 1958 et 1963 : alors que de Gaulle tenta d’amener l’Allemagne sur la voie d’une Europe indépendante, c’est aujourd’hui l’Allemagne qui nous ramène à l’alliance américaine !

 

 Il est curieux que la France « rende les armes », pour ainsi dire, alors même que ce qui avait fondé la solidarité atlantique, d'une part la menace soviétique, d'autre part la faiblesse de l'Europe dévastée par la guerre sont des pages tournées depuis longtemps. En fait cette décision signifie surtout un alignement d’ordre diplomatique qui, dépassant de beaucoup le cadre atlantique, s'étend à la terre entière : comme l'a écrit le député UMP Daniel Garrigue (Sud-Ouest du 9 février) nous serons de plus en plus « enclins à suivre les Etats-Unis sur les théâtres extérieurs qu'ils choisiront (...) ; le risque est d'autant plus fort que le champ géographique de l'OTAN s'est fortement étendu et qu'il est susceptible de s'étendre encore ». C'est là, poursuit le député, remettre en cause « l'un des rares consensus fort de notre pays, voulu par de Gaulle et confirmé par tous ses successeurs".

 

Dernier point, le plus grave : depuis toujours la France se définit par son rapport au monde : elle est une voie singulière dans le monde, ou elle n’est rien. De ce point de vue, la politique étrangère est l’une des plus sûres pierres d'angle de l'unité de la Nation, en sorte que c’est la cohésion de notre pays qui est ici en cause. Intégrée dans l'UE désormais intégrée dans l'OTAN la France se perd de vue elle-même : toute notre histoire montre que cette accumulation d'intégrations ne fera que précipiter sa désintégration interne.

Par Quotidien de Babylone
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Mercredi 14 janvier 2009

Bloc-notes de Paul-Marie Coûteaux

Mardi 6 janvier, Bruxelles.
Hier au soir, à Bordeaux, très belle réunion publique : environ 80 personnes à l’Athénée – un 6 janvier, par -5°… Est-ce l’excellence de l’équipe du R.I.F. d’Aquitaine ? Il m’a semblé que la mobilisation était plus aisée qu'auparavant, et l’écoute plus spontanée : « la crise » (René Guénon rappelle que Krisis veut dire aussi : décision, et jugement…) ouvrirait-elle les cœurs ?

 

            Offensive israélienne à Gaza : à l’évidence, le moment est dicté par le calendrier politique de Washington, l’actuel président Bush fait ses bagages de départ et ne peut prendre aucune initiative, le futur Obama est fondé à ne rien dire. Ne rien dire, on a l’impression que cela l’arrange fort bien : prenant ses fonction dans quinze jours, il aura beau jeu d’exiger d’Israël l’arrêt des bombardements, quand il n’y aura plus pierre sur pierre à Gaza. Voila qui confirme déjà ce que l’on ne murmure encore que du bout des lèvres, qu’il est « très proche » du « lobby sioniste ». Les nominations en attestent : Hillary Clinton, nouvelle Secrétaire d’Etat, est ouvertement pro-israélienne, de même ses conseillers nouvellement désignés : Aaron Miller, Dan Kurstzer, ancien ambassadeur en Israël, Dennis Ross, celui-là même que M. Clinton avait chargé de saboter les négociations suivant Oslo, rompant le « processus de paix » que ledit lobby ne supportait plus. Un journaliste du Haaretz , écrivait récemment qu’on ne pouvait qu’avoir confiance dans la politique d’Obama « puisque ses dix principaux conseillerss étaient juifs » ; sans doute est-ce un peu excessif, et Washington ne saurait rompre tout lien aves ses nombreux alliés arabes ; mais la seule nomination de son directeur de cabinet, Rham Emmanuel, est éloquente : disposant de la double nationalité, étasunienne et israélienne (il n’a pris la nationalité américaine qu’à dix huit ans), celui qui est, au moins à égalité avec le Vice Président, le « numéro 2 » da l’administration étasunienne s’est s’engagé dans Tsahal pendant la guerre du Golfe ; son père était un des dirigeants de l’Irgoun, et fut probablement, d’après Emmanuel Ratier (« Faits et Documents »), l’ »exécuteur » du Comte Bernadotte, représentant de l’ONU en Palestine, puis, en 1948, du colonel français André Sérot, observateur militaire de l’ONU. Il est significatif sans doute que la bio dudit père sur Wikipedia ait disparu dix jours après la nomination de son fils… Bref, Obama pencherait nettement pour Tel Aviv, sans trop le dire, ce qui devrait ouvrir un certain rôle à la diplomatie française – si du moins le président de la république française ne penchait pas dans le même sens. Pauvres Palestiniens !...

Par Quotidien de Babylone
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Mardi 16 décembre 2008

Bloc-Notes de Paul-Marie Coûteaux

Mardi 9 décembre, Bruxelles.
- Les bourses ont remonté hier ; du coup on entend de nouveau la chanson "sur la crise qui n’était que passagère". Il y a six mois je m'amusais déjà des propos rassurants de ces messieurs-dames : par exemple ceux de Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France qui déclarait le 26 juin : "il n'y aura pas de deuxième vague de la crise" ; ceci quelques semaines après qu'Allan Grenspan ait déclaré que les effets secondaires des subprimes n'étaient pas graves « eu égard à leurs avantages ; globalement, elles ont profité aux consommateurs" (11 avril 2005). Quelques jours auparavant Dominique Strauss-Kahn assurait que "en 2008, la croissance ne connaitrait rien d'autre qu'un ralentissement "(3 avril 2008). On dit beaucoup que ces propos ont pour but de rassurer les marchés : en fait ils ont surtout pour but de rassurer ces messieurs eux-mêmes, cette oligarchie qui flotte dans l'éther, qui littéralement ne touche pas terre –on ne l’appelle pas pour rien la jet society car elle vit en effet dans les avions, dans l'air, en dehors de toute réalité et de toute vérité, n'ayant avec le monde qu'un rapport d'argent, rapport des plus volatile. En permanence il lui faut mentir, et d'abord se mentir. On est stupéfait que les peuples, sous couvert de mondialisation, d'Europe, de fraternité, de paix universelle, etc, aient rendu toutes les clefs à cette engeance là.

 

Les effets de cette gigantesque dépossession des peuples par eux-mêmes, ou du moins par une oligarchie mondialisée qui n'a avec eux nul rapport, sinon des rapports d'aéroport, seront à sa mesure : gigantesques. La crise économique, évidente depuis 2005, la crise financière qui en découle et qui la nourrit en retour, la crise sociale et bientôt politique, tout cela ne fait pas une crise, même pas une crise "systémique" mais une crise sismique c'est à dire un cataclysme. Les prodromes sont multiples en Europe ; ces messieurs-dames appellent "résurgence du populisme" les plus visibles ; on en voit partout les germes notamment dans les jeunesses européennes, aux Pays-Bas, en Autriche, en Hongrie, ces jours-ci en Grèce. Les manifestations qui secouent depuis quelques jours le "berceau de la démocratie" où se succèdent les plans de rigueur imposés par Bruxelles et Francfort pour satisfaire aux critères de l'€uro et les cas de corruptions, et finalement les étapes régulières d’une générale clochardisation d'une partie de la jeunesse (le salaire d'un jeune professeur est de 600 €uros pour un niveau de prix semblable au nôtre), ces « violences urbaines », comme on dit, ne sont qu'un signe avant-coureur de révolte populaire qui dans les prochains mois s'étendra sur toute l'Europe et dont une jeunesse pauvre, voire misérable, désœuvrée et désorientée fournira autant de bataillons prêts à tout tenter.

 

L'erreur de diagnostic que font, pour se rassurer, les oligarchies mondialisées, est une terrible bombe à retardement. Refusant de voir la béance de la mondialisation, système à valeur théologique qui n'autorise la survie qu’aux plus performants, qu'il s'agisse des Etats, des entreprises ou des individus, et qui de ce fait marginalise l'immense majorité des nations et des êtres ; niant l'absurdité du système sur lequel elles trônent et dont elle ne colmatent les brèches depuis 36 ans qu'à grands coups d'anticipation financière, de création de monnaie virtuelle,  ces oligarchies s'interdisent toute sagesse, toute lucidité et finalement toute porte de sortie, emportant le monde entier vers le cataclysme. C'est le fumeur qui, atteint des premiers signes du cancer, découvre qu'il ne tousse plus dès qu'il allume une nouvelle cigarette et qui, croyant la toux passagère, croit se soigner en doublant sa consommation de tabac. Les jeunes Athéniens d'aujourd'hui qui hurlent, brûlent et saccagent, comme ils ont le visage de l'Europe de  demain ! Ce qui triomphe peu à peu, je le répète depuis dix ans, c’est la pure et simple anarchie…

 

 

                                               

 

 

 

 

Par Quotidien de Babylone
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