Entretien de Paul-Marie Coûteaux pour
Revue-republicaine.fr
1 - Que pensez-vous de l'actuel mode de scrutin pour les élections européennes ?
Paul-Marie Coûteaux : le plus grand mal. Le découpage du territoire national en grandes circonscriptions n'élimine en rien la distance entre l'élu et l'électeur. A l'évidence, il n’eut d’autres buts que d’empêcher la constitution de grandes listes nationales unitaires comme celles de 1989, lorsque la liste souverainiste (Pasqua-Villiers-Garaud) arriva en deuxième position, chose inadmissible pour les grands partis...
Le meilleur mode de désignation, à mes yeux du moins, est celui qui a prévalu jusqu'en 1979, quand des parlementaires nationaux se réunissaient quelques jours chaque mois à Strasbourg. Ils gardaient alors une relation avec les parlements nationaux, où ils siégeaient à titre principal, assurant un lien entre lui et les institutions européennes, de même qu’ils gardaient un lien avec leurs électeurs –en bref, avec la Nation. Dans le mode de scrutin actuel, les parlementaires européens sont complètement déracinés, et ce sont d’ailleurs pour la plupart soit des idéologues de la supra-nationalité, soit des recasés qui ne font pas grand chose et ne rendent jamais aucun compte de rien, sans lien avec grand monde. Ce sera pire dans les années à venir puisqu’ils ne seront même plus rémunérés par l’une des assemblées du parlement national, ce qui est le cas actuellement (c’est pourquoi j’ai toujours dit que j’étais « député français au parlement européen » et non « député européen » puisque, mis à part les défraiements, je n’ai de lien financier qu’avec le Sénat de la République) ; hélas, les indemnités parlementaires seront désormais versées par le budget de l’UE, conformément à un statut propre de « député européen » dont l'adoption est annoncée pour l’an prochain… Cette perspective d'intégration supplémentaire dans la machine supranationale ne me paraît pas insignifiante…
2 - Vous avez déclaré que vous formeriez une liste
en Île-de-France, à côté de celle de Libertas, avec qui vous avez rompu, et de celle de Debout la République, avec qui vous n'avez pas trouvé d'accord. Ne pensez-vous pas que l'émiettement des
voix gaullistes, républicaines et souverainistes soit le meilleur moyen pour ne pas avoir de représentant au Parlement européen ?
P-M. C. : Cette dispersion est ridicule ; d’ailleurs, si j’ai certes été candidat indépendant pendant quelques semaines, ce fut surtout pour « garder la parole » et bien marquer que le député sortant que je suis n’accepte pas la guerre des grands chefs, ni la façon dont ils concevaient la campagne électorale dans l’oubli quasi-complet de la souveraineté, le seul lien qui pourtant pouvait réunir tout le monde ; surtout, j’entends protester contre leur intégration, l’un et l’autre, dans des mouvement pan-européens, Libertas pour Phillipe de Villiers, EUdémocrats pour Nicolas Dupont-Aignan, autre mouvement qui se veut « européen », fondé d’ailleurs par celui qui est actuellement l’actuel secrétaire général de Libertas-Europe , M. Bonde - lequel a exaspéré la plupart des membres de mon groupe, quand il en était co-président, par son « esprit de compromis » avec la machine supra-nationale, et dont nous avons fini par nous passer. Eudémocrats et Libertas, c’est le même monde, celui des réformistes européens qui sont eux aussi installés à Bruxelles, vivent des subsides de Bruxelles, ou d’autres, et qui s’en trouvent fort bien : c’est ainsi que l’on finit par faire campagne pour « un autre traité européen » (Dupont-Aignan), ou pour la défense du fromage et du vin rosé (Villiers) ; ces messieurs n’imaginaient pas que je puisse mener une liste en Île-de-France sur de telles lignes, ni ne souhaitaient sans doute que je sois réélu, surtout si, ce faisant, je débordais leurs petits appareils…
Depuis des mois, d’ailleurs, je n’ai cessé de répéter que je concevais ma candidature uniquement dans un esprit d'unité strictement souverainiste, lequel a animé toute mon action - c’est notamment le cas, éloquent, de notre journal L'Indépendance, « ouvert aux souverainistes de tous horizons » selon sa formule, qui n’est certes pas un vain mot. Pendant des mois et des mois, je n'ai pas cessé de faire le lien entre Philippe de Villiers, Nicolas Dupont-Aignan et certains autres - à mes risques et périls d'ailleurs. Je savais bien que cette union ne pouvait se faire que sur le plus petit commun dénominateur, la souveraineté nationale et populaire - point commun qui d’ailleurs, m’aurait amplement suffit. Mais la confusion des discours réformistes », incroyablement tortueux (chacun a son contre-traité…), et le rôle des « égos », peut-être naturel s'agissant de personnages qui n'ont pas d'autre mode d'existence que la politique et qui pour cette raison sont noyés dans des stratégies solitaires…, furent tels que la division devint finalement inévitable.
Au risque de me répéter, j’insiste sur ce fait, que personne ne semble mesurer : la division est inscrite dans l’oubli de la souveraineté. Notre unité n’est possible que si nous osons formuler clairement ce point de communion. S’agissant d’élections au parlement européen, il me paraît superflu d’aller plus loin en fait de « programme », puisque le parlement européen n’est nullement chargé de mener une politique autonome. Tout « programme » ou « projet pour une autre Europe », outre qu’il divise nécessairement, est de toutes façons, lors de ces élections, hors de propos…
3 - Qu'est-ce qui, précisément, a fait achopper votre candidature en
Île-de-France sous la bannière de Debout la République ?
P-M.C. : Il est vrai que Nicolas-Dupont Aignan m'a proposé début mars la tête de liste en Île-de-France ; mais il refusait que nous composions la liste ensemble (tout en me demandant de la financer presque entièrement) ; surtout, je crois qu’il se méfiait de ce qu'il appelait ma « radicalité », me demandant de ne pas utiliser le mot souverainisme (le mot « France », j’imagine, m’était à la rigueur autorisé...) exigeant de moi « un discours lisse », c’est à dire n’insistant pas sur la nécessité de la souveraineté. Au surcroît, je ne suis pas persuadé du bien fondé d'un "contre-traité européen" : j’aurais pu passer là-dessus, puisque le parlement européen n’est pas chargé de préparer des traités. Je ne demandais qu’une chose : que l’on s’en tienne à cette évidence, qui, d’ailleurs, pouvait faire l’unité assez largement : en fait d’Europe, comme en bien d’autres sujets, rien n'est possible tant qu'il n'est pas posé fermement que les Français sont seuls responsables de la France.
Après bien des tergiversations, hésitations et contradictions, Nicolas Dupont-Aignan m'a finalement proposé d'être tête de liste dans le grand-Ouest où, cette fois, j'avais entièrement carte blanche : j’ai alors compris que c’était probablement ce qu’il avait en tête dès le début, ce qui n’était d’ailleurs point très honnête. Accepter cette circonscription, c'était m'opposer de front à Philippe de Villiers et paraître régler mes comptes sur le mode politicien, chose inconvenante. Il m'a ensuite proposé la troisième place en Île-de-France - assortie d'une promesse écrite, par les deux premiers de liste, de démissionner au bout d'un an de mandat. J'ai refusé toutes ces combinaisons, aussi embrouillées sur la forme qu’elles l’étaient sur le fond.
J'ai d'ailleurs refusé d'autres propositions. Le tableau des défenseurs de la souveraineté nationale et populaire étant décidemment exécrable cette fois-ci, je préfère passer mon tour. Dans l’état actuel de confusion, de divisions, et finalement de trahison de nos électeurs, beaucoup plus radicaux que ces petits messieurs n’osent le voir, je ne leur prédit d’ailleurs pas grand succès…
4 - Comment expliquez-vous, plus largement, l'absence totale de débat, non seulement en France mais dans bien d'autres pays européens ? Quel intérêt les partis dominants peuvent-ils trouver à une abstention record telle qu'elle s'annonce ?
P-M. C. : Ils n'ont pas spécialement intérêt à une abstention massive ; ce qu’ils veulent, c'est avant tout qu'il n'y ait pas de débat sur l’Europe. Pour les supranationaux de tout poil, qui savent bien que les peuples restent attachés à leur patrie, l'obsession est toujours la même : construire leurs échafaudages dans leur dos, dans le plus grand silence possible. Pour cela, pas de débat et surtout pas d'informations - l'absence d'information est d'ailleurs sidérante s'agissant d'une des entreprises majeures de notre époque. Certes, on pourrait croire que la chape de silence ne saurait tenir en période de campagne européenne. Or, il n’en est rien : le Système a pris soin de prévenir sur tous les tons, depuis des semaines que « ces élections n’intéressaient pas les Français » ; le procédé est simple : on répète aux gens qu’ils ne s’intéressent pas au sujet, ce faisant on ne fournit aucune information, le brouillard reste épais, et l’abstention massive assurée : le tour est joué ! Une seule fois, il y eut une saison d'information et de débat : en 2005, lors du référendum sur la Constitution, et les oligarques ont vu le résultat ; ils ne recommenceront pas de sitôt.
5 - Y a-t-il tout de même des domaines dans lesquels, depuis quelques années,
l'Europe a fait des progrès ?
P-M. C. : Elle a fait un grand progrès, du moins aux yeux de ses thuriféraires : elle a beaucoup avancé dans l'atlantisme. Les institutions de l'UE sont de plus en plus liées à Washington, pénétrées et manipulées, via l'OTAN ou par d'autres biais. Ce "progrès" n'est qu'un retour à ce qui prévalait dans les années 50, où les Etats-Unis oeuvraient de toutes leurs forces à la « construction européenne », notamment lors de la signature du Traité Monnet, dit « de Rome ». A quoi le Général de Gaulle avait réussi à mettre un coup d'arrêt, hélas bien provisoire. Une différence cependant : la langue Française, dominante dans les années 50, et jusque dans les années 80 s'est étiolée ensuite pour se laisser lentement marginaliser, notamment depuis le « grand élargissement » de 2004.
L'UE a aussi fait des progrès dans la propagande, progrès si net que celle-ci finit par passer inaperçue, ce qui est le signe d'une propagande accomplie. Je ne vois guère d’autres progrès, l’élargissement ne pouvant en être un, certes précieux, que s’il n’inclut pas les pays du Centre et de l’Est européen dans une mécanique qui nie à nouveau leur souveraineté, en somme les annihile - et s’il n’est pas conçu, comme aujourd’hui, comme un moyen de tenir la Russie à l’écart de l’Europe, alors qu’elle en est une des parties les plus précieuses, et les plus prometteuses pour l’avenir – ne serait-ce que pour secouer la tutelle atlantique.
6- Comment voyez-vous l'Europe dans dix ans
?
P-M. C. : C'est très simple : l'Europe est la zone du monde où la croissance est la plus faible, qui se protège le moins et qui doute le plus d'elle-même. Ce qu'il est convenu d'appeler « la
crise » accélère son déclassement industriel, mais aussi diplomatique, notamment à la faveur de l'opération de charme d'Obama qui parait être le grand sauveur autour duquel les autres
pignons sont invités à se replier. Par dessus tout déclassement militaire, ce qui est le plus grave à long terme. De toutes façons, ladite « crise » s'inscrit dans la succession
d'autres crises de plus en plus difficiles à résoudre, pour une raison simple : c'est que l'instrument politique permettant d'y répondre efficacement s'évapore peu à peu. C’est le grand
crime de l'UE, qui arrache aux Etats des pouvoirs, une capacité politique qu'elle n’assume pas pour autant, notamment parce qu'elle n'en a pas la légitimité suffisante. J'ai toujours dit que
cette affaire n'était pas un jeu à somme nulle : dans ces fameux transferts de compétences, beaucoup de pouvoir politique. C’est en cela que l’UE chloroforme l’Europe, l’empêche de réagir,
et la tue à petits feux. Nos capacités de réponse collectives allant diminuant, les crises se multiplient, se prolongent, s'aggravent, en sorte que nous devrons bientôt accepter de parler de
décadence européenne. Ce n'est pas une fatalité, c'est la conséquence de la dissolution lente du politique, en Europe beaucoup plus qu’ailleurs.
7 - Quel est, selon vous, le principal enjeu du scrutin de juin
?
P-M. C. : Je n'en vois guère qui soit capital puisque, contrairement à ce que prétendent les europhiles, ce n'est pas au Parlement européen que se décide l'essentiel de « l’Europe ».
L'essentiel se fera ou ne se fera pas entre quelques Etats – entre deux ou trois grands Etats. Peut-être peut-on espérer que les députés plus ou moins eurosceptiques, qui sont actuellement
une trentaine, seront une cinquantaine, ce qui certes ne serait pas mal ; mais d'une part je ne vois guère qu'on en prenne le chemin - et d'autant moins que le futur groupe Libertas aura
à sa tête un europhile irlando-atlantiste ; d’autre part, il y aura dans la prochaine législature près de huit cents députés : il faudrait donc multiplier nos effectifs non par deux
mais par quinze pour obtenir la majorité au parlement, ce que ladite Libertas claironne comme un objectif, évidemment trompeur…
8 - Vous avez pris très fermement position contre le retour de la France dans le
commandement militaire intégré de l'OTAN. Notre pays n'avait-il pas déjà fait l'essentiel du chemin depuis vingt ans ? Elle est déjà engagée dans des opérations de l'OTAN et, inversement, elle ne
sera pas plus forcée qu'un autre État membre à suivre de manière inconditionnelle les volontés américaines...
P-M. C. : Je sais bien que, depuis Valéry Giscard d'Estaing, le poids de la politique américaine sur notre Etat (et pas seulement notre diplomatie et notre défense) pèse sans cesse
davantage ; cela continuera à mesure que nous ne croyons plus à nous même, à la mission de la France dans le Monde. Le moyen de dire non quand nous ne saurons plus qui nous
sommes?
9 - Si vous
deviez porter une action au crédit de Nicolas Sarkozy, quelle serait-elle ?
P-M. C. : La tentative d' "Union méditerranéenne" était assez bien vue ; hélas, ce qu'elle a montré surtout, c'est le rôle que jouait l'"Europe" et notamment
l'Allemagne dans notre politique : aux yeux de tous, et notamment des capitales méditerranéennes, il est désormais évident que notre politique n’est plus indépendante. Joli résultat - pour
les Etats-Unis, en particulier, dont la France fut jusqu’à présent le grand challenger en Méditerranée. Par ailleurs, il y a quelques mesures qui ne m'ont pas déplu, dans l'ordre
économique et social mais aussi dans l'ordre culturel (par exemple la suppression de la publicité dans le service public audiovisuel, aux motifs certes équivoques) ; mais ce n'est pas là
qu'est à mon avis l'essentiel. L’essentiel est dans le fait que la France, comme Etat, Nation et civilisation soit indépendante ou non : le Gouverneur Sarkozy a choisi de la faire entrer
dans les rangs de l’Empire, à tous points de vue : ce crime contre l’histoire de France, rien ne saurait le racheter.
Bloc-notes de Paul-Marie Coûteaux.
31 mars 2009 - Bruxelles - Le Monde de ce soir publie un article fort malveillant sur Philippe de Villiers qui, à en croire ses auteurs, ferait du traitement et
indemnités des Commissaires européens un thème de sa campagne. L'article a beau jeu de mettre, en regard du traitement annuel d'un commissaire européen, le montant des revenus que valent à M. de
Villiers son siège de député et sa fonction de Président de Conseil général de Vendée : l’hostilité des médias contre nous ne se connaît plus de bornes.
Mais ce n'est pas pour cette raison que Philippe de Villiers aurait tort à mon avis de faire campagne sur ce thème. Peut-être est-il de bonne guerre de pointer l'énorme coût de la machine (L'Indépendance a publié de multiples papiers sur ce thème où il apparait que l'UE dans son ensemble coûte fort cher au budget de l'Etat, et de même avons-nous publié plusieurs articles montrant que la contribution financière globale à l'Union européenne est bien plus élevée que ne le sont les primes ou versements divers que reçoit la France en retour, dans le cadre de la politique agricole ou régionale. Mais en fait de coût, le coût majeur est ailleurs : qu’il lui soit impossible de mener en tout domaine une politique conforme à ses intérêts, voilà, de loin, ce qui coûte le plus cher à la France.
Il en va de la question européenne comme de la crise du capitalisme : on ne peut traiter ni l’une ni l’autre par le petit bout de la lorgnette : parachutes argentés, primes en tous genres, ce ne sont là que des épiphénomènes sur lesquels nous aurions tort de polariser la réflexion ou la vindicte publique : c’est le Système qui est fou, comme est folle la machinerie européenne. Les différentes primes, "options" et "parachutes" dorés ou argentés sont en effet scandaleux, mais c’est la mondialisation à tout va, autrment dit l’archie marchande, et la bride laissée sur le cou du système financier par l’abdication générale des pouvoirs, politiques ou moraux, qu’il faut remettre en cause ! De même, s'il est en effet inadmissible qu'un commissaire européen reçoive un traitement comparable à celui d’un chef d'Etat, le plus grave est dans le dérèglement d'un système qui n'a plus aucun lien avec le service d’aucun peuple, ni même avec la plus simple raison, et qui du coup enfle sans aucun contrôle comme une baudruche monstrueuse. Ce n'est pas tant le coût du système, et les formes de rémunérations de ses valets, que son principe même qu'il fait remettre en cause ; particulièrement, ce n'est pas le salaire des commissaires européens qui doit être un thème de campagne mais la Commission européenne elle-même, laquelle est à supprimer tout simplement ! Diviserait-on par deux le traitement des Commissaires (une goutte d’eau, d’ailleurs, et M. de Villiers le sait bien), la Commisssion n’en resterait pas moins toxique au plus haut point. Les forces d'occupation sont toujours onéreuses, mais c'est leur existence même qu'il faut oser remettre en cause ! Qui l’ose encore ?
Bloc-notes de Paul-Marie Coûteaux
Vendredi 13 mars 2009 - Paris. Cette nuit dernière à Paris, mise au point définitive du mémorandum dont j'ai bien conscience qu'il
coupe désormais les ponts avec la direction du MPF - mais mes résolutions sont prises. Les souverainistes se veulent d'abord des esprits indépendants et c'est bien pourquoi ils entendent faire
vivre l'indépendance de leur pays. Il faut aussi qu'ils soient indépendants de toute pression extérieure et étrangère quant à leur combat même. Comment les Français comprendraient-ils que la
campagne des opposants à la supranationalité européenne soit dirigée par un organisme siégeant à Bruxelles, propriété d’un milliardaire anglo-irlandais qui vit à Washington ? Quant à moi, je me
suis résolu à maintenir jusqu'au bout ma propre indépendance.
Sur son site, Libertas eu. se présente comme « un mouvement paneuropéen voué à la création d'une nouvelle Union européenne, démocratique et ouverte ». Je note au passage que ce mot « ouverte » consonne assez bien avec le refus réitéré, et obsessionnel, de M. Ganley de tout protectionnisme - de sorte qu’'il récuse même l’idée de préférence communautaire, et demande le démantèlement de la bête noire de l’OMC, la PAC - point qui m'a été rapporté mais que je n'ai pu vérifier, les déclarations diverses de M. Ganley étant plus souvent orales qu'écrites, et de surcroît à géométrie variable. Au fond, Libertas eu. milite pour une Europe supranationale que la démocratie et la « transparency » rendraient plus efficace, et qui serait ainsi le pilier européen d’une Union euro-atlantique, thème souvent évoqué par l’avocat d’affaires international, ancien chef de cabinet de François Léotard et ancien député UMP de Nice, présentement directeur de campagne de Libertas France, Jérôme Rivière (voir l’entretien accordé par celui-ci au Monde le 2 février 2005, où il dit sans ambages : « je suis un atlantiste », et, se réclamant explicitement de Jean Monnet, déclare « qu’il est pour un Non de droite parce qu’il faut plus d’Europe », toutes choses qui disent assez le point de confusion intellectuelle où nous en sommes arrivés). A noter que le thème de l’union euro-atlantique est souvent utilisé par le directeur de campagne des listes Libertas eu. - car il y a aussi un directeur de campagne à Bruxelles, celui-ci étant curieusement un Australien. A la vérité, tout cela me sidère.
Jeudi 12 mars Paris. Passé une bonne partie de l'après-midi à rédiger un mémorandum aussi précis que possible sur les informations que j'ai pu glaner, principalement auprès de mes collègues d'Indépendance et Démocratie sur l'opération Libertas - opération dont tous désormais se tiennent à l'écart. Je relate en particulier la réunion de notre groupe le 18 février dernier à Bruxelles telle que je l'avais retranscrite dans mon journal. Puis je m'étends sur l'étrange Monsieur Ganley, personnage qui me parait de plus en plus trouble, en tous les cas troublant.
"M. Ganley est actuellement « Chief Exécutif » de Rivada networks, entreprise dont Wikipedia précise qu’elle est « spécialisée dans les systèmes de télécommunications des armées » ; parmi les directeurs de Nevada Network, on trouve MM. James Loy, ancien secrétaire à la Sécurité intérieure, Denis Mac Carthy, ancien chef d’état major de la Marine, plusieurs dignitaires du Pentagone et diverses figures de ce qu’il est convenu d’appeler « le complexe militaro-industriel ». Rivada Networks a ainsi obtenu plusieurs contrats du Gouvernement américain - d’abord pour la reconstruction de la Louisiane après Kathrina, puis un autre, avec une jeune entreprise implantée en Alaska, Nana Pacific, pour sécuriser les télécoms de la garde Nationale. En 2007, Rivada Networks, dont la stratégie n'est pas sans rappeler le modèle du fonds d'investissement Carlyle, recrute comme vice-président l'Assistant Secretary au commerce, à la communication et à l'information de G.W. Bush, John Kneuer. A la fin des années 90, « Ganley International », créa un fonds, « The Anglo-Adriatic Investment Fund », sis en Albanie et destiné à « réaliser des investissements dans la région » - notamment au Kossovo, qui n’était point encore tout à fait "américano-indépendant". Il sponsorise un « forum pour la sécurité publique en Europe et en Amérique du nord », “think tank” où l’on réfléchit à la sécurité commune de l’Atlantique. Il a aussi créé sur notre continent plusieurs entreprises, souvent en partenariat avec des sociétés états-uniennes, dont une de téléphonie continentale, toutes choses qui ne le portent certes pas à l’hostilité envers les instruments de la supranationalité européenne. Il répète d'ailleurs « qu'il n'est pas raisonnable, quand on fait des affaires à l'échelle de toute l'Europe de devoir s'entendre avec 30 gouvernements », autre discours fédéral type...
Tout de même étonné que, contrairement à la plupart de mes collègues « eurosceptiques » les Français ne s’enfuient pas à toutes jambes…
Suite à l'intervention de Declan Ganley le 18 février dernier, les remous ne
cessent de prendre de l'ampleur. La contestation est quasi générale au sein des différentes délégations européennes, ce qui ne fait que confirmer mes premières impressions sur le mouvement
Libertas.
Bloc-notes de Paul-Marie Coûteaux
Mercredi 26 février ; Bruxelles. – Notre
Groupe « Indépendance et démocratie » a reçu le 18 février dernier, pendant plus d’une heure, le patron de Libertas, l’Irlandais, ou plutôt Anglo-irlandais, Declan Ganley, qui était
pour chacun un inconnu il y a quelques mois encore. Regard clair, sourire franc, je pensais qu’il allait séduire tout le monde. Or, pas du tout ! Et je fus fort étonné de lui entendre
avancer certaines choses qui en ont laissé beaucoup pantois (par exemple : « notre but n’est pas de détruire l’U.E., mais de faire en sorte qu’elle réussisse, et pour cela, il faut la
rendre démocratique », ce qui pour nous revient à mettre un vampire au soleil…)
Mais le plus surprenant, quand vint le tour des questions, fut l’attitude nettement hostile de la plupart des délégations -à l’exception de la délégation française; la plus dure fut notre co-présidente, Anna Dahl, (députée souverainiste du Danemak) qui semble faire un lien entre les sources très américaines, et militaires, de sa fortune et le fait qu’il se soit engagé au cours de la campagne irlandaise contre la neutralité de son pays, sur laquelle se sont au contraire appuyés la plupart des partisans du vote NON pour refuser les références à l’OTAN dans le traité de Lisbonne. Un de nos collègues polonais s’emporte ensuite contre la position plusieurs fois exprimée par Ganley en faveur de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne . Hélène Goudin, ma collègue suédoise, lui reproche à son tour de présenter des listes « eurosceptiques » dans des pays où il en existe déjà, risquant ainsi d’introduire des divisions et de faire perdre des sièges –je pensais jusqu’à présent que « Libertas » ne ferait qu’apporter un label aux partis opposés au traité Lisbonne, mais aux derières nouvelles, il n’en est rien et, apparemment, Libertas présentera des listes partout, y compris contre les eurosceptiques, et même en Grande-Bretagne, ce qui pourrait bien faire perdre à « UKIP », le parti de notre autre co-président Nigel Farage la plupart de ses dix sièges. D’ailleurs, Ganley précise qu’il n’est pas eurosceptique, estimant que l’ « on ne peut pas être sceptique sur l’Europe ». A ma question : « comment devons nous nous appeler ? » il me répond avec un bon sourire que « nous sommes pan-européens, nous sommes les vrais européens » ; et cette réponse équivoque me plonge dans une extrême perplexité… (non, d’ailleurs : le comble sera atteint lors d’une conversation avec l’ami Nigel (Farage) retrouvé peu après devant l’hémicycle : rouge comme une écrevisse, tant est grande sa fureur, il me dit des choses que je n’ose même pas retranscire ici...)
Bloc-notes de Paul-Marie Coûteaux
Jeudi 19 février - Bruxelles - Le président tchèque Vaclav Klaus a réussi tout à l'heure à mettre de l'ambiance dans l'hémicycle ; d'une petite voix ferme, il décoche de la tribune quelques phrases
d'abord fort amènes, consensuelles à souhait, puis peu à peu en vient à l'essentiel : "le renforcement du rôle du Parlement européen risque de conduire à
une aliénation toujours plus grande des citoyens vis-à-vis de l'UE " ; le voilà ensuite dépeignant la centralisation bruxelloise comme une sorte de résurgence de la théorie de la
souveraineté limitée que son pays a connu en d'autres temps –en somme, le coup de « Bruscou » souvent entendu dans la bouche des souverainistes des pays de l’Est… A ces mots, plusieurs députés sortent, vingt puis quarante puis soixante environ, adressant divers noms d'oiseaux, et même quelques bras d'honneurs, à celui qui
est pourtant leur hôte. Puis le président Pöttering reprend la parole et, sortant une fois de plus de son rôle en principe impartial réplique d'un ton crispé " L'UE n'est décidemment pas si
anti-démocratique puisque le Président Klaus a puts'exprimer comme il l'entendait", comme s'il était extraordinaire qu'un président élu démocratiquement dans un pays européen ait ici le
droit à la parole!... Pöttering est d'ailleurs hué sur divers bancs et il fut notable que, à plusieurs reprises, le président tchèque fut ovationné par une centaine de députés, répartis sur bien
des bancs, et se levant même pour l'applaudir quand il quitte l'hémicycle. A côté de moi, Philippe de Villiers exhibe un franc sourire comme je ne lui en ai pas vu depuis
longtemps.
*
Lundi 23 février 2009 - Bruxelles. La grisaille est permanente, dans les rues, sur les visages et même, autour de moi, dans les cœurs... Seule joie : mon papier du Figaro, "L'Europe des réalités", cosigné avec mes collègues le sénateur Marini et Thierry Mariani, me vaut d'excellents échos y compris de plusieurs parlementaires UMP. Ah !, j'en aurais entendu des "bravo Paul-Marie, sur l'Europe on est avec toi!" ce qui ne les empêche pas d'approuver Lisbonne et sa logique supranationale -du moins pour l'instant. Deux parlementaires plus courageux que les autres ont l'honnêteté intellectuelle de le dire et de l'écrire, mais bien d'autres suivront... Le front du refus de la supranationalité européenne, et Otanienne va aller s'élargissant, je le sens, et le vois à mille signes. Il sera rendu d'autant plus facile, d'ailleurs, que la supranationalité européenne se déglingue de tous côtés : l'Euro s'effiloche (notamment par le Sud, de la Grèce au Portugal, en passant par l'Italie et l'Espagne) ; le traité de Lisbonne est en panne, et l’on commence à parler du report du référendum en Irlande, du fait de la crise sévère qui secoue le pays et de l’impopularité de son gouvernement ; quant à la Commission, elle apparaît si marginalisée depuis l'été dernier que ses oukases contre le « plan automobile » français, par exemple, ou ses rappels à l'ordre sur les déficits, deviennent dérisoires et commencent à faire sourire : de ce côté là du moins, très bonne perspective. Je suis sûr que le combat contre l’étouffement supra-national, que j'ai engagé dès 1991 sera gagné. Puissé-je le mener jusqu'au bout, et sur de larges fronts.
Quand le président de l'Assemblée Nationale rejoint
le clan des apprentis dictateurs...
Le président de l'Assemblée Nationale ne manque pas d'air ! Il veut bien représenter le peuple, mais il ne va tout de même pas lui demander son avis !
Vendredi dernier, en recevant ses homologues des 27 au Palais-Bourbon, il a appelé de ses voeux "la mise en oeuvre anticipée" de dispositions du traité de Lisbonne.
L'entrée en vigueur du traité est aujourd'hui suspendue à l'approbation de la République tchèque, où le Sénat doit encore se prononcer et où le président Vaclav Klaus refuse d'indiquer s'il
entérinera le "oui" des députés, ainsi qu'au second référendum en Irlande, prévu en octobre.
Le Parlement italien a déjà adapté son règlement pour anticiper ces dispositions, "comme si le traité était déjà ratifié, a indiqué Gianfranco Fini, président de la chambre des Députés.
Cela n'empêche pas le président du Parlement européen, M. Pöterring d'affirmer : "Nous sommes ensemble pour la démocratie dans l'UE".
La RDA aussi prétendait être une démocratie...
Les 3 et 4 mars avait lieu à Prague la réunion du bureau du groupe IND/DEM, groupe de parlementaires européens auquel appartient Paul-Marie Coûteaux, Patrick Louis et
Philippe de Villiers. Le président du RIF et le secrétaire général du MPF, en compagnie de 6 autres députés du groupe, ont pu recontrer Vaclav Klaus ce mercredi matin pour 40 min
d'entretien.
Au cours de cet entretien, le président
tchèque a encouragé tous les partisans d'une Europe vraiment démocratique à surmonter leurs divisions et à s'unir pour être plus forts à l'approche des élections du 7
juin.
Extraits glânés dans la presse :M. Klaus a estimé que l’approfondissement de l’intégration européenne est devenu un credo "non critiquable", "selon lequel il n’y a qu’un avenir possible et acceptable" pour la construction de l’UE. "Ceux qui osent réfléchir à une option différente sont qualifiés d’ennemis", a-t-il ajouté. Le président tchèque a également affirmé que les pratiques en vigueur dans l’UE lui rappelaient l’époque communiste lorsqu’une grande partie de l’Europe de l’Est était sous la coupe de l’Union soviétique, un temps où les divergences d’opinion n’étaient pas acceptées.
"Il n’y a pas si longtemps, dans notre partie de l’Europe, nous avons connu un système politique qui ne permettait aucune alternative et donc également pas d’opposition parlementaire", a-t-il expliqué. "Nous avons appris la difficile leçon que, sans opposition, il n’y a pas de liberté."
"Vous dites que vous n'êtes pas l'Union soviétique", analyse-t-il, "mais où est votre opposition?".
"Le système parlementaire classique repose sur une partie soutenant le gouvernement et sur une partie d'opposition, ce qui n'existe pas dans le Parlement européen. Une seule alternative y est
imposée et celui qui cherche une alternative est considéré comme un adversaire de l'Union européenne", a-t-il expliqué, continuant: "nous avons fait l'amère expérience que
l'absence d'opposition signifie la perte de liberté".